Comme le nom de cet article l'indique, hier et aujourd'hui je suis allé à Assise... et je dois avouer que c'était un séjour extrêmement agréable et instructif sur beaucoup de points, donc l'article
risque d'être un peu long, et de parler pas mal de liturgie et de religion... bon, pour les gens que ça ne passionne pas, j'en parlerai qu'à la fin...
Avant toute chose, le plus important, les photos... Elles sont là :
http://norgz.info/assisi/
Je suis arrivé à assise à 9h32, j'avais rendez-vous avec un frère franciscain (fra Stefano) à côté de la basilique Santa Maria degli angeli à 10h. J'en profite pour visiter un peu la basilique (il
est bon de noter qu'à ce stade j'ai une idée assez vague sur qui est St François...), là première surprise, y'a un truc pas banal dans cette église... une autre église (y'a une photo) ! Bon, je
fais le tour vite fait, et je vais à la rencontre de Fra Stefano. Assez surprenant, il est jeune, sportif (ancien footballeur professionnel), et en quelque sorte l'archétype du beau gosse
italien... surprenant pour un moine... on le voit sur les deux dernière photos. Il m'emmène poser mes affaires vite fait dans ma chambre, dans le très grand couvent collé à la basilique, puis on
retourne dans la basilique (par des racourcis obscurs réservés aux moines, en passant par des passages interdits aux pélerins), et m'explique un peu la vie de St François, que l'église à
l'intérieur de la basilique est une petite chapelle dans laquelle aimait prier St François et qui avait une grande importance pour lui. La basilique a été construite autour pour la protéger. Entre
temps d'ailleurs, environs 200m de pélerins (oui ça peut très bien se compter en mètres) faisaient la queue pour y entrer. Bon... pourquoi pas...
Il était un peu tard pour aller à Assise avant le déjeuner, donc je vais visiter un peu le couvent... Notamment le jardin... assez magique, avec une allée de colonnes qui mène à une sorte d'autel
improvisé (avec des chaises de jardin à la place des bancs) à la vierge, et une vue splendide sur Assise, qui n'est pas si près que ça... disons que Sta Maria Degli Angeli est bien dans la plaine
alors qu'Assisi, comme toute ville d'Ombrie qui se respecte, est perchée sur une petite montagne.
Fra (Fra c'est pour frère au sens religieux du terme, en italien c'est différent de frère au sens familial) Stefano m'emmène ensuite au repas dans le réfectoire du couvent... je crois que j'ai
rarement vu une aussi grande pièce (photo dans le répertoire sus-indiqué) !
Ensuite commence la petite comparaison qui s'impose entre bénédictins et franciscains... parceque c'est vraiment le jour et la nuit... En effet les bénédictins ne parlent pas pendant le repas, les
franciscains c'est tout le contraire ! J'arrive dans le réfectoire, le grand manitou (je sais pas comment il s'appelle chez les franciscains) me présente, dit d'où je viens, etc. ensuite je vais
m'asseoir, quasiment tout le monde vient me dire bonjour, en me serrant chaleureusement la main, ils sont très tactiles et chaleureux les franciscains. Quand je suis parti il y en a même qui m'ont
fait la bise, chose qui ne se fait habituellement pas du tout en Italie. Deuxième différence, petite pour vous peut-être, mais pas pour moi : ils mangent de la viande !!! Je me suis donc goinfré de
tout ce que je pouvais avaler comme viande, ça fait du bien ! Surtout que la viande italienne est plutôt bien préparée (enfin surtout dans les monastères j'imagine) ! Vite fait au niveau de l'habit
: les bénédictins sont habillés tout en noir, les franciscains sont en marron avec une ceinture en corde blanche. Au niveau des cheveux : le cheveu bénédictin ne dépasse pas les 5 mm, sauf
quelquefois pour la tonsure, et la longue barbe est de mise, chez les franciscains, c'est plutôt barbe de 3 jours pour faire ritale, et cheveux pas trop trop longs, mais qui atteignent parfois la
bonne dizaine de centimètres... Les franciscains parlent donc, et comme tous les italiens ils parlent beaucoup, vite et fort, et comme tous les moines, ils parlent plus de langues que de raison...
Je ne crois pas qu'il y ait un moine qui ne comprenne pas le français, même ici chez les moines américains, c'est assez impressionnant. Dernière différence : les horaires. Les bénédictins (enfin
les purs et durs comme à Norcia) commencent à 4h et finissent à 19h30, les franciscains commencent à 6h30 et finissent à 20h30, avec beaucoup moins d'offices.
Pendant le repas je parle un peu de ce que je fais notamment de gregorio, et là paf, *le* troll arrive en moins de 3 minutes, eh oui... Linux vs. Windows encore une fois... le troll sévit même chez
les franciscains... Mais gregorio les intéresse beaucoup ! Je me suis fait présenter à un père qui est le grand chanteur du couvent, ça l'intéresse beaucoup, et un chanteur lyrique exceptionnel
(que je n'ai pas entendu chanter autrement qu'en répétitions, dommage...) linuxien aussi, qui l'a essayé (pourtant pas dans la version actuelle qui est beaucoup mieux) et m'en a dit du bien...
C'est pas mal ça motive ! Par contre c'est rigolo ils veulent absolument me payer... J'ai passé une bonne partie du repas à côté d'un père qui a été prêtre en france pendant 10 ans et qui parlait
parfaitement le français sans accent, on a donc parlé un peu français, et je me suis fait peur en m'écoutant, je lui parlais avec un accent italien exagéré et à deux à l'heure, un peu comme un
débile... c'est la façon que j'ai d'habitude de parler français pour que les italiens comprennent mais il a dû me prendre pour un neuneu au début.
Je parle beaucoup avec fra Stefano, il connaît bien Vezelay où il a séjourné chez les franciscains. Pour la petite histoire, les premiers franciscains partis franciscaniser Paris ont fait une pause
à Vezelay... d'où ils sont jamais repartis tellement c'était joli, et je dois dire que je les comprend. Il connaît aussi l'abbaye cistercienne du Toronet, où il a chanté sous les voûtes ! Et ça
c'est la classe, car pour ceux qui ne le savent pas, l'abbaye du Toronet est une des très très rares "vraies" abbayes cisterciennes, c'est à dire avec des voûtes spécialement adaptées pour le chant
ambroisien (repris par les cisterciens), avec une acoutique impressionnante, où on peut entendre une note 12 secondes après qu'elle ait été chantée. J'avais vu un concert d'un groupe vocal là-bas
c'est complètement fou...
Ensuite fra Stephano s'arrange avec fra Massimo et fra (euh... me rappelle plus...), qui allaient à l'ermitage de St François dans l'après-midi avec un groupe de jeunes, pour qu'ils m'emmènent
aussi, car c'est un endroit important aparemment... Donc à 14h30 (enfin 14h30 en Italie, 15h quoi...) je m'en vais dans leur minibus chercher un groupe de jeunes, puis direction l'ermitage... Les
jeunes en question (bon... 5 ans de plus que moi en moyenne je dirais) sont vraiment sympas, par contre ils sont napolitains, donc je comprend pas grand chose à ce qu'ils racontent (l'Italie n'est
pas très unifiée au niveau de la langue), mais il y en a un qui m'explique un peu ce qu'ils racontent, etc. Beaucoup de pélerins vont à l'ermitage à pied... il doit y en avoir pour un peu plus
d'une heure et demi je pense, et ça monte dur... autant dire que c'était pas mal d'y aller en bus !
Une fois là-haut, comme un peu partout ici, on prend une grosse claque visuelle et on se dit que c'est le plus bel endroit du monde... C'est un petit ermitage ancien perché au milieu d'une forêt
très belle, vraiment magique... On y reste quasiment toute l'après-midi, ce qui me permet de parler beaucoup italien. Dans ce groupe il y avait une fille qui était le sosie de l'éclairagiste des
mélomanies (le festival de musique où je suis bénévole l'été), c'était assez troublant (même si elle faisait 20 bons cm de plus...).
Bon, je sais pas où il faut le dire donc je le dis ici. Il faut savoir un truc : les franciscains sont vraiment les gens les plus gentils du monde, c'est complètement hallucinant, j'ai passé un
excellent séjour, beaucoup parlé avec eux (il y a énormément de jeunes), ce sont vraiment des gens extraordinaires et faciles d'accès.
Ensuite ils me laissent à San Damiano, le monastère des novices franciscains, où je vais assister aux vêpres, car il paraît que c'est joli... en effet je ne suis pas vraiment déçu ! C'est en pleine
nature, comme l'église est toute petite, le son est retransmis dans une petite cour extérieure, juste à côté de l'église (cf. photos). Ça sent bon, il fait une température idéale, on a une vue
splendide sur la plaine, le soleil se couche... je ne pouvais pas vraiment rêver mieux... Enfin si... vêpres un peu mieux, mais bon, j'en parlerai plus tard. Je redescend vers Santa Maria degli
Angeli, une bonne heure à pied, avec un vent frais du soir, pas une voiture, une nature magnifique, un coucher de soleil... le pied...
Le lendemain matin laudes puis messes. Ensuite petit déjeûner... encore très différent de Norcia. Je ne sais pas si c'est le petit déjeûner italien typique (je ne pense pas en fait), mais ça m'a
bien plus. En gros y'avait du pain, de la charcuterie, du fromage, et c'était atelier fais ton panino, trop bien ! J'ai donc pu me regoinfrer de viande ! Ensuite marche jusqu'à Assise (une bonne
demi-heure) sur la voie spéciale pélerins, pavée et éclairée la nuit. Je visite donc les très nombreuses églises d'Assise (celle où St François a été baptisé, celle où il est enterré, celle de Ste
Claire, etc.) dont, fait très rare en Italie, deux églises gothique ! Les premières que je vois... À partir de 10h c'est un peu galère, il se met à y avoir des pélerins partout, la plupart
allemands en anglais, c'est insuportable ils font un bruit pas possible dans les églises, du coup les franciscains font encore plus de bruit pour les faire taire... bref...
Assise est une ville extrêmement belle, une petite ville typique d'ici, avec des rues très étroites, mais c'est quand même de loin la plus belle que j'ai visité jusqu'à maintenant. Cependant, c'est
peut-être la plus petite. En effet c'est minuscule, il faut une demi-heure à tout casser pour la traverser en long, et il n'y a aucune banlieu, à côté c'est juste la campagne avec quelques fermes,
beaucoup d'oliviers, de cyprès et d'orge (ce qui ajoute pas mal au cachet il faut bien le dire). Donc bon, une matinée à mon rythme et on peut faire le tour, ce qui permet d'éviter à la fois la
chaleur et les pélerins. Retour au couvent pour le repas, encore une fois délicieux. Je retrouve fra Stefano qui m'emmène voir des coins un peu fermés du monastère. J'y vois d'ailleurs une
représentation des noces de Cana, c'est assez rare, ça doit être la première que je vois.
Quelques commentaires sur les photos : y'avait une expo à Santa Chiara où il y avait des tableaux représentant Jean-Paul II, dont celui que j'ai pris en photo parcequ'il était kitschissime... ça ne
se voit pas beaucoup (il faut que je me penche un peu pour voir) mais dans la lumière il y a un gros cœur blanc, ça fait... saylor moon... Il y a aussi une statue de la vierge assez étrange, avec
des épées plantées dans la poitrine, c'est pas banal... Et aussi à San Francesco une représentation de la vierge triomphant du léviathan (alors que d'habitude c'est plus Michel).
Bon... voilà pour le récit non-polémique... Ensuite viennent quelques remarques d'ordre religieux. St François était un grand fan de la vierge, d'ailleurs la chapelle qui est dans la basilique
(vous suivez ?) était au départ dédiée à la vierge. Du coup ça change énormément de choses... Les représentations ce n'est plus Dieu, un peu en dessous Jésus et en bas les gens, ça devient Jésus et
la Vierge au même niveau et en dessous un peu au dessus des autres St François. Ça peut paraître un détail anodin mais ça change pas mal de choses. Jésus et la vierge sont limite représentés en
couple (à Santa Maria degli Angeli par exemple), et le parallèle est vite fait avec St François/Ste Claire.
Ensuite au niveau de la liturgie... Aux vêpres à San Damiano je suis arrivé un peu avant, vers 18h30, pendant ce qui précède les vêpres (l'adoration je pense), c'était principalement l'ave Maria
répété de très nombreuses fois à la suite (une bonne vingtaine je pense). L'idée de répéter une prière plusieurs fois je trouve ça pas mal, ça imprègne plus. Aparemment ça se faisait avant et ça se
fait encore dans d'autres rites (car il existe outre le rite romain et le rite Vatican II, quelques autres rites, comme le rite ambroisien à Milan et le rite à Bonevento en Espagne). Les vêpres
ensuites étaient totalement différentes des vêpres bénédictines. Les vêpres bénédictines (à 17h30) consistent en quelques respons, un kyrie, un pater et 4 psaumes (dans le désordre), là (à 19h) il
y a vaguement un chant au début, puis une lecture puis un loooooooooong sermon : un bon quart d'heure sur les quarante minutes. Je suis parti avant la fin...
La messe le lendemain était très Vatican II. D'ailleurs le grand chanteur (je sais pas trop comment l'appeler) était tout content parceque Solesmes avait enfin sorti l'antiphonaire de la liturgie
Vatican II... Donc c'était cheap, notamment les habits : on avait l'impression que c'était des bouts de napes cousus avec des dessins de maternelle dessus. Dans beaucoup de monastères (notamment
dans le couvent bénédictin à Norcia où je suis allé deux fois), c'est à la mode d'avoir un orgue en même temps que le chant, ce qui est selon moi pas une mauvaise idée en soi, mais qui est
totalement inapliquable : déjà que les chanteurs en général n'arrivent pas à partir en même temps sauf s'ils sont très bons (eh oui... pas de notion de rythme précise dans le grégorien...), alors
quand en plus l'organiste n'entend pas bien en part après ça donne un flottement de deux secondes absolument horrible au début de chaque reprise, qui fait vraiment cheap... Là il y avait un orgue,
par contre c'était parfaitement calé avec le chant... et pour cause ! Il n'y avait qu'un chanteur, et c'était le chanteur qui jouait de l'orgue... il risquait pas de se décaler. Malheureusement ça
doit être le seul endroit au monde où ça se passe comme ça... Pour le reste l'orgue c'est très bien pour jouer en solo (comme à Norcia), mais pas du tout pour accompagner.
Un autre truc qui était assez laid pendant cette messe c'était le son... En effet, malgré le très faible nombre de personnes (amplifier se justifie à peu près pour une très grande église comme ça,
mais pas tout le temps...), le chanteur et les deux moines qui, pendant les laudes, se répondaient sur les psaumes, étaient amplifiés... mais avec des petites enceintes (Bose, pour les
connaisseurs) et des petits micros qu'on voit habituellement pour les discours (sauf le chanteur qui avait un SM 58)... Autant dire que le spectre était très déformé, et que du coup c'était
vraiment moche, je trouve ça vraiment dommage... je suis déjà pas sûr qu'avec une amplification "parfaite" on arrive à avoir un son aussi joli que sans (parceque mine de rien y'a quand même une
acoustique pas simple dans une église), mais alors quand l'amplification est moyenne, beurk...
Ah oui, un truc que j'ai oublié... les laudes... aparemment dans la liturgie Vatican II, la position des moines pour les offices a aussi changé, maintenant ils font comme les prêtres Vatican II ils
sont face aux fidèles. Du coup la récitation des psaumes se transforme en concert... Pour ceux qui ne sont jamais allés à un office, la récitation des psaumes se fait deux vers par les moines qui
sont à gauche de l'hôtel, deux vers par les moines qui sont à droite, etc. Là il n'y avait que deux chanteurs, face au public, on peut voir ce genre de réponses de gens face au public notamment
dans les concert, de rock ou de métal... très étrange pour une messe... Finalement je suis assez content de retrouver les offices de Norcia, bien plus jolis, où les moines se font face, et laissent
une allée jusqu'à l'autel.