Le week-end fut pour le moins chargé et agréable... tentons de résumer (bon, c'est un échec, vous pouvez aller vous faire un thé, ça va être long) !
Marriage traditionnel roumain
Le week-end commença donc par le marriage d'une bonne amie roumaine, à Alba Iulia (environs 4h de route). J'y suis allé en voiture avec un copain roumain, et une amie d'une dame que je connais qui
avait aussi justement besoin d'aller à Alba Iulia ce jour là... on a discuté énormément sur la roumanie et les roumains, sur tout un tas de choses, et il se trouve en plus que cette femme est prof
à la fac et qu'elle forme les travailleurs sociaux... et hop un rendez-vous gratuit avec la casa de clovni (l'asso qui s'occupe des gamins des rues) !
Arrivée à Alba Iulia juste à temps pour enfiler un costard et aller assister aux cérémonies traditionnelles... car le mariage roumain ce n'est pas rien... En effet ça commence avec tous les invités
et la famille du marié chez le marié. Là l'"animateur" (je ne sais pas trop comment dire autrement, c'est une personne engagée pour le mariage qui est chargé de mener les choses) sert à boire (de
la bonne Ţuica, assez rare) à tout le monde, et fait un long discours pour donner du courage à tout le monde pour ce qui va suivre, car ils vont aller négocier pour prendre la mariée. Bon
évidemment c'est un résumé un peu court car il parle pendant bien 10 minutes et il y a parfois d'autres gens qui parlent également, c'est une sorte de pièce de théâtre. Tout le monde file ensuite
chez la mariée où là c'est encore plus théâtral, ils frappent à la porte et les gens mettent du temps à ouvrir, ensuite l'"animateur" demande à voir la mariée, on lui répond qu'elle n'est pas là,
qu'ils ne savent pas où elle est> Puis après force négociations avec la famille de la mariée finalement ils la font venir ; ensuite d'autres négociations très longues pour que la famille accepte
de la laisser partir, etc. Finalement (ok, le suspens n'était pas grand...) la famille accepte de laisser la mariée au marié, et tout le monde se rejoint en bas du bloc (très romantique le bloc
ceaucescuien pour un marriage). Là les parrains et marraines du mariage (deux couples, à peine plus vieux que les mariés, qui sont à leur côté tout la journée) découpent en 4 un gros gâteau (une
sorte de panettone) au dessus de la tête de la mariée, qui lance une part dans chaque direction ; c'est un peu comme le bouquet en France, on dit que ceux qui les attrappent vont se marrier.
Ensuite l'"animateur" (non vraiment je trouve pas d'autre mot même si celui-ci convient très mal...) demande à la mariée de dire adieu à sa maison et à ses parents, et de les faire pleurer, ce
qu'elle fait. Tout le monde va ensuite à la mairie.
Comme il n'y a plus vraiment ensuite de ce genre de théâtre (encore qu'on pourrait l'assimiler à un rite et dire que celui du couronnement à l'église en est un aussi... mais patience...), je me
permet ici de caser un petit commentaire. Ces traditions je les ai trouvés extrêmement intéressantes et impressionnantes, c'est vraiment un rite de passage qui est vécu de façon réelle, concrète,
palpable. Les sociétés primitives sont très friandes de ce genre de rites [NdA: ne pas comprendre que la société roumaine est primitive, ce n'est pas le message], par exemple le rite du passage à
l'âge adulte, pendant lequel l'enfant est recouvert de blanc (couleur des morts) et fait le mort pendant une journée, où ses parents le pleurent et où il est emmené au cimetière, pour s'enfuir la
nuit, passer quelques jours dans la forêt et revenir en tant qu'homme, personne différente, que ses parents traitent comme un étranger. Ce genre de rites de passage où l'on joue (dans le sens jouer
du théâtre) sa vie est quelquechose de très naturel et important m'est avis ; dans le sens où on peut mettre des images concrètes, une date, des souvenirs, etc. dans un changement qui intervient de
toute façon : en France comme en Roumanie la vie se modifie de façon continue, on ne passe plus du jour au lendemain d'un état à un autre, mais si on joue ce changement, s'il est concret, je crois
que ça aide... c'est dommage d'avoir perdu tout ça chez nous...
Le marriage civil ne fut pas, avouons-le, un moment clé de la journée... Après une petite pause où j'ai rencontré plein de gens très sympathiques, passons au marriage religieux, car là aussi la
différence avec la France est plus que palpable. Le rituel religieux est divisé en deux : le rite des fillançailles et le rite du couronnement ; et il n'est pas fait durant une messe, c'est un
rituel a part. Bon évidemment c'est orthodoxe donc l'église est magnifique et très décorée, les chants sont superbes, tout est très mystique, etc., la routine. Le rite des fillançailles est bourré
de symboles très impressionnants (un aspect complètement perdu dans le catholicisme où presque tout se fait dans la pure raison), [attention il est possible que je me tromps dans les détails
ci-après, mais vous avez la grosse image comme disent nos amis anglophones] il y a deux anneaux, un d'or et un d'argent, le prêtre prend celui d'or, fait le signe de croix avec sur le front de la
mariée, dit une prière et le met sur le front du marié en finissant la prière. Il répète cela trois fois et met l'anneau au doigt de la mariée, puis l'inverse avec l'anneau d'argent, et enfin les
époux échangent leurs anneaux ; le prêtre finit sur une longue prière et des chants, pour enchaîner avec le rite du couronnement. Le prètre, avec les parrains et les marraines met une couronne sur
la tête des mariés, accompagnant évidemment cela de signes de croix, de prières, etc. Je dois l'avouer, je n'avais jamais vu quelqu'un avec une couronne... eh bien c'est assez impressionnant pour
tout dire, pas étonnant que ce soit quelquechose de réservé aux rois (et au mariés orthodoxes de par le fait). Ensuite les parrains et marraines, les époux et le prêtre prennent un ruban blanc et
font trois fois le tour de l'autel (qui est là une table au milieu de l'église, le vrai autel étant peu approprié et trop caché), en embrassant tous à chaque fois l'évangéliaire. S'ensuite trois
prières extrêmement longues, un passage des épîtres (St Paul aux Éphésiens, V, 20-33) et de l'Évangile selon St Jean (les noces de Cana). Quelques litanies, des prières des chants, une omélie et
hop, tout est bouclé en une heure, ce qui pour les orthodoxes est court ! Après si jamais le marriage est fait après une liturgie (ce qui peut arriver), là ça peut durer effectivement 3h30 en
moyenne...
Pour ceux qui sont plus curieux sur le rite religieux, vous pouvez regarder le petit livret que j'avais fait pour la cérémonie, avec le texte en roumain et la traduction en français, il y a à peu
près toutes les descriptions de ce qui se passe aussi :
http://norgz.guiling.fr/mainp.pdf.
Après le rituel religieux, j'ai profité de l'heure de pause pour aller aux vêpres qui étaient juste après le mariage, curieux d'entendre les chants car Alba Iulia est un grand centre théologique et
la fac est juste à côté de la cathédrale (où était célébré le marriage), du coup il y a un chœur vraiment exceptionnel... Eh bien je dois avouer que je n'ai pas été déçu ! D'habitude je ne suis pas
un grand fan des chants modernes, dans le style russe mais en un peu moins bien (car le style traditionnel est plus grec), mais là c'était tout simplement fantastique...
Bref... à l'entrée du restaurant, les marriés et les parrains/marraines boivent une coupe de champagne et cassent leur verre par terre, car dans la tradition ça porte bonheur... Le repas fut pour
le moins suprenant : en arrivant des assiettes énormes étaient servies, avec tout un tas de choses très bonnes et variées, et il y avait des fruits sur les tables. Après cela ils débarassent, la
musique devient plus forte et les gens se mettent tous à danser (des danses traditionelles roumaines mais aussi des trucs plus modernes)... On a commencé à douter un peu avec les gens avec qui
j'étais (beaucoup d'étrangers), en se disant que c'était suprenant que le repas soit déjà fini, car les marriages roumains sont réputés très longs et très copieux... on a vraiment encore plus douté
quand ils ont commencé à servir du café... étrange... et puis là la musique se fait moins fort et le deuxième plat arrive ! ouf ! En fait entre chaque plat il y a une pause d'environs deux heures
où tout le monde danse... très surprenant pour les français... Mais on s'y fait très bien au final, il y avait 4 plats bien copieux et bons plus le gâteau... Plein de gens intéressants, une super
ambiance, etc. bref, une très très bonne soirée (d'autant que c'était le jour de mon anniversaire !).
Le lendemain je me lève à 10h, frais comme un gardon et vais à la liturgie de la cathédrale, encore un grand moment de liturgie et de musique, vraiment épatant ! Puis je rentre à Timisoara avec
deux personnes que je ne connais pas vraiment, des amis du marié qui ont su que j'avais des places disponibles dans ma voiture... C'était une autralienne qui vivait à Istambul et un roumain qui
vivait au Caire ; on s'est vraiment très bien entendu et du coup j'ai un contact à Istambul, ce qui a des chances de s'avérer très utile à moyen terme...
Festival des clowns
Arrivée à Timisoara direction le musée du village, QG de la casa de clovni qui organisait un festival samedi et dimanche. J'y allais récupérer les clés de mon appart car je leur avais prêté pour
qu'ils y hébergent Rona Hartner (une actrice et chanteuse roumaine, peu laide). Rona Hartner a donc dormi dans mon lit... mais je ne l'ai pas vu du tout ! elle est arrivée samedi soir et est
repartie dimanche matin ; c'est dommage car je n'ai jamais parlé à un(e) acteur(trice), j'étais curieux...
Bref... le festival du soir fut très très bon et varié, il y avait des troupes pro venues de France, des enfants du cirque de Bucarest (une asso fait le même travail là-bas), et bien sûr les
enfants de rues, qui avaient préparé un spectacle pas mal, assez émouvant. J'avoue que c'est difficile pour moi d'en parler, car c'est un sujet très sensible... Mais encore une fois quelques
personnes intéressantes rencontrées, on a fini les restes de la bonne vodka que j'avais ammenée au marriage, vers 4h30 (inutile de dire qu'aujourd'hui j'ai pas trop la patate...) ; bilan très très
positif pour ce week-end donc...