Dimanche 18 mai 2008
Hier soir j'ai regardé deux films : La dolce vita, de Fellini, histoire de me faire un peu de culture italienne quand même, et Kiss kiss bang bang, parcequ'il paraît que c'est pas mal...

La dolce vita ça m'a vraiment marqué, c'est un très très beau film je trouve, aussi bien au niveu de la forme que du fond, et la scène de fin est vraiment magique, c'est comme si tout le film tendait vers le 5 dernières minutes qui sont très très belles et très profondes, vraiment la fin m'a impressionné... bref, je vous le conseile !

Kiss kiss bang bang par contre... bon... pour être gentil on va dire qu'il ne tenait pas du tout la comparaison... un montage très très agaçant, des personnages vraiment pas attachants du tout et complètement parodiques, que de l'action, aucun cheminement intérieur, rien du tout, bref... un film complètement creux... je ne dis pas qu'il n'y a pas deux trois scènes qui m'ont fait rire tellement elles étaient improbables, mais bon... c'est pas mon genre de films...

Hier sont arrivés deux moines : un bénédictin et un orthodoxe. Je ne sais pas du tout qui c'est, mais ça m'intéresserait de parler un peu avec l'orthodoxe... d'ailleurs c'est assez drôle : comment faire la distinction entre un moine orthodoxe et un moine catholique ?... Il y a pas mal de signes qui ne trompent pas : le moine orthodoxe a un chapeau noir et un habit gris foncé. Sur cet habit il a une grosse croix en or très jolie. D'ailleurs ça m'a fait remarquer que les moines catholiques n'en ont pas, c'est étrange... les franciscains ont des Tau (symbole qu'ils utilisent vraiment partout) en pendentif, mais les bénédictins n'ont rien (enfin rien au dessus de leurs habits en tous cas). Une autre différence majeure au niveau de l'habit, qui ne paraît rien comme ça mais qui change tout est qu'ils n'ont pas de ceinture... ça change énormément l'allure globale... Et enfin, last but not least, ils se signent à l'envers (de droite à gauche) ! Enfin non... en fait ils se signent à l'endroit... ce sont les catholiques qui se signent à l'envers : vers le XI/XIIème siècle (si mes souvenirs sont bons), des gens ont commencé à se signer à l'envers, parceque les prêtre, quand ils faisaient le signe de croix devant les gens présents à la messe, le faisaient à l'endroit pour eux, donc à l'envers pour les gens... d'ailleurs c'est assez drôle de constater qu'ils le font encore à l'envers... qui sait dans 200 on changera peut-être de nouveau de sens... D'ailleurs les orthodoxes prennent aussi une position des doigts particulière pour se signer : il tendent le pouce, l'index et le majeur, pour signifier la trinité, et replient les deux autres pour signifier la double nature du Christ (humain/divin).

Parfois j'ai l'impression que l'existence d'autres rites est taboo dans l'église catholique, donc je vais en dire un mot ici, car ça me paraît important et malheureusement très très peu connu (voire carément caché) par l'église... Le conseil de Trente, lorsqu'il a formé le rite tridentin en vigueur jusqu'à Vatican II, a permis à des paroisses qui avaient un rite en vigueur depuis plus de 200 ans de le garder. Ce fut le cas notamment de trois rites : le rite prémontré (un ordre monastique, mais ils sont passés à Vatican II depuis), le rite ambrosien encore pratiqué à Milan, et le rite mozarabe encore pratiqué à Tolède... Ces rites sont différents au nivau des chants, des paroles prononcées, etc. je vais essayer d'aller à Milan bientôt, entre autre pour voir un rite ambrosien, car je suis assez curieux...
par Elie Roux
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Jeudi 15 mai 2008
Tout à l'heure un petit mot sur la porte de la chappelle m'interpelle : "demain matin, matines des anges"... tiens donc... je vais peut-être arrêter d'avoir la flemme et me lever demain matin pour ces matins un peu spéciales...

Eh ben en fait non, c'est un truc assez mignon : demain matin ce sont les anges qui font les matines, pas les moines... qui du coup peuvent dormir plus longtemps... donc je vais bien célébrer les matines demain matin, en dormant dans mon lit...
par Elie Roux
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Mercredi 14 mai 2008
Eh oui, hier en me baladant j'ai vu qu'il y avait des affiches pour un concert à Norcia aujourd'hui ! De la musique sacrée dans la basilique (juste à côté du monastère), par un chœur américain. Pourquoi pas. Il y avait également aujourd'hui un groupe d'américain, le chœur de là où Brother Anthony avait fait ses études. Ils ont chanté un truc à la messe, et ils ont assisté aux vêpres.

D'ailleurs il y avait tellement de monde aux vêpres qu'elles ont été faites dans la basilique. Ça m'a permis d'entendre que l'acoustique de la basilique était vraiment excellente. Chose confirmée d'ailleurs quand j'ai demandé au père qui étaient les américains qui faisaient un concert ce soir : en fait il existe une sorte de liste des églises qui ont une très bonne acoustique en Europe, et les groupes qui veulent faire des petites tournées pour se perfectionner en condition réelles piochent dans cette liste pour faire des concerts comme celui de ce soir.

Bon arrivée au concert, je prend un petit programme, et là, il y avait trois noms en gros : William Byrd, Thomas Luis de Victoria et J.S.Bach. Wouhou !!! Trois compositeurs que j'aime beaucoup. Tout le reste par contre était des trucs contemporains. Le concert commence donc par l'Ave Marie de Victoria. Superbement interprété, l'église a définitivement une très belle acoustique, le morceau est magnifique... bref, le pied... La seule remarque qu'on peut faire (qui est peut-être aussi dûe à l'acoustique de l'église, mais pas seulement), c'est qu'ils étaient un peu trop nombreux (34), et le médium était clairement en surnombre par rapport au reste, du coup pour de la polyphonie comme ça, qui joue sur la différence entre basses, médiums et aigus, ça rendait pas aussi net que ça aurait dû. M'enfin bon, c'était quand même très bien.

Ils ont ensuite enchaîné avec des compositions modernes... puis encore avec d'autres compositions modernes... encore d'autres, toujours pas de Byrd ni de Bach... encore des compositions modernes... tiens je l'avais jamais vu ce tableau de la résurection de Lazare... encore des compositions modernes... les statues au dessus sont assez jolies, mais elles devraient être un peu nettoyées... encore des compositions modernes... et là paf... fini... et pas de rappel ! Arg, l'arnaque du siècle... Bon tant pis... au moins ce concert aura confirmé ce que je pensais : je suis complètement imperméable à 99,9999% de la musique entre Bach et les Pink Floyd.

Durant cette journée, j'ai pu un peu plus expérimenter la façon anglo-saxonne de chanter et de vivre la religion... c'est complètement orthogonal à ma façon de voir les choses... j'aime beaucoup les belles ornementations sur des textes, les psalmodies, les chants simples, la contemplation, une sorte d'extase purement personnelle et ascétique. Au contraire les anglo-saxons (enfin c'est aussi partiellement ce que je reproche à l'esprit Vatican II) misent tout sur le collectif, une sorte de transe collective sur des mélodies qui restent dans la tête, etc.

D'ailleurs c'est assez drôle comme ça se ressent au niveau de la langue. Plus ça va plus je me dis que c'est une idée relativement bonne mais inapliquable de faire des chants de type grégorien dans d'autres langues que le latin. En effet chant grégorien et latin sont pour moi indissociables. Il peut y avoir des adaptations en français ou italien, mais c'est un travail extrêmement pénible et difficile que j'ai rarement entendu. À assise j'avais écouté un prêtre psalmodier (extrêmement bien d'ailleurs, ce qui est rare) la prière liturgique en anglais... beh on sentait bien que l'anglais n'était pas fait pour les psalmodies, dés qu'il y avait un "are", le prêtre sortait un de ces sons du fin fond de la gorge comme seuls les anglais savent le faire, ça résonnait partout, et même si c'était juste c'était très très moche. Ce soir on sentait que les chanteurs (surtout les sopranes) étaient beaucoup plus à l'aise sur de l'anglais que sur du latin. Bon... déjà y'a le fait qu'il faut au moins 10 ans à un anglais pour sortir un r latin (ou français ou italien), même ce bon vieux brother Johnathan nous sort tous les soirs aux complies un magnifique "misewewe nobis"... ça aide pas à être à l'aise sur des chants latins... mais même, l'anglais est une langue qui sonne très très sentimental, par exemple ce soir, rien que les mots feel et salvation bien prononcés faisaient extrêmement romantique. Du coup toutes les chansons anglaises, même les chants liturgiques, ont tendance à être très sentimentaux, même si ce sont les mêmes paroles et plus ou moins le même air que les chants latins correspondants. Pour finir le raisonnement, ce soir les chanteurs, américains dont habitués à l'anglais, avaient tendance à donner beaucoup d'énergie aux chants sentimentaux en anglais et à être un peu mitigés sur les chants en latin qu'ils devaient trouver un peu... barbants...

Pour moi la liturgie (et donc notamment les chants) dans la religion ce n'est pas juste un truc pour faire beau mais dont on peut se passer tant qu'on reste droits moralement, j'irais même jusqu'à dire que la religion est la liturgie... les orthodoxes trouvent ça complètement hérétique de ne pas chanter et psalmodier la messe, et je les comprend tout à fait. Mais si la liturgie est la religion, et que la liturgie n'est pas vécue du tout de la même façon suivant la langue, ça fait autant de religions que de langues différentes... ce qui n'est pas plus mal...




par Elie Roux
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Lundi 12 mai 2008
Allez, un autre article sur la route, pour décrire la messe au Vatican. Je laisse les détails techniques sur la liturgie et le chant grégorien pour la fin, comme ça les gens pas intéressés pourront arrêter en cours de route.

Alors cette messe était, il faut bien l'avouer, assez exceptionnelle... à la fois la plus belle et la pire à laquelle j'ai assisté. On arrive vers 9h après un petit déjeûner, et grâce à nos billets magiques on peut rentrer à l'intérieur de l'église (car la messe avait lieu dans St. Pierre, pas sur la place), et même aller dans l'endroit où il y a des chaises. On passe donc une heure à décortiquer le petit livret avec les partitions, puis l'organiste appuie sur deux touches pour tester l'orgue (on peut se demander pourquoi, ça fait pas classe, mais bon, c'est comme ça), tout le monde se lève pour voir passer deux pères et demi, puis l'organiste fait un couac et s'arrête, premier échec. Après le troisième échec de ce type (vraiment pas classe cet organiste), l'organiste finit enfin par jouer un morceau, et la vraie procession commence, pas mal d'évêques, puis le pape. Là les gens commencent à applaudir et à monter sur les chaises pour prendre le pape en photo, ça faisait un stroboscope permanent durant toute la procession. On se regarde d'un air très inquiet avec Madeleine...

Ensuite bon, le pape monte vers l'autel, tombe sur la dernière marche de l'escalier, mais finit par arriver sain et sauf sur le siège prévu à cet effet. La messe commence, tout va bien. Les chants étaient vraiment vraiment très beaux. Y'a pas à dire le cœur du Vatican c'est pas les pires chanteurs du monde... Tous les chants "classiques" (Introït, Sanctus, Agnus Dei, Ite Missa Est, et un Regina Cæli tout à la fin) étaient en grégorien, et communion, offertoires et alleluias étaient en polyphonie. Très jolie polyphonie d'ailleurs, parfois très renaissance, parfois pré-baroque très sobre (avec des fins de phrases typiques de cette époque vraiment magnifiques).

Les prières des fidèles ont été faites en plein de langues différentes (une douzaine). On peut noter d'ailleurs que c'est une des seules églises où le son est bon... c'est la première fois que je pouvais vraiment faire abstraction que le prêtre (enfin le pape en l'occurence) parlait dans un micro.

À la fin de la messe, procession dans l'autre sens. Là c'était carrément l'horreur... des tonnerres d'applaudissements, une ruée vers l'allée centrale, des gens qui essaient de monter sur des tas de chaises pour être plus haut, encore plus de flashs... on devait plus être que 5% des gens à rester debout à notre place... c'était mais vraiment pitoyable, du coup ça laissait un goût un peu bizarre à cette messe qui pourtant était très belle.

Enfin on sort, et là on voit des milliers de gens rassemblés place St. Pierre... diantre, mais que font tous ces gens ici... On commence à aller voir ce qui se passe, et on voit des gens devant nous qui prennent une fenêtre en photo... hmm... dix minutes après, le pape arrive à la fenêtre et dit des choses dans 5 langues (français, espagnol, anglais, polonais et italien). D'ailleurs y'avait un détail assez marrant, c'est que les paroles des chants de la messe étaient aparemment retransmises sur écrans géants, du coup les gens pouvaient faire du karaoké, c'est pas banal...

Avant de passer aux détails "techniques", on peut noter que l'éclairage change pendant la messe, du coup l'espèce de gros truc pas très beau au dessus de l'autel (un espèce de gros baldaquin en bois en baroque super chargé pour ceux qui n'ont jamais vu) s'en trouve un peu plus joli, il est plus clair, vraiment couleur bois. Ça reste du baroque trop chargé, mais c'est moins pire qu'avec la lumière habituelle qui le rend très sombre.

Alors... quelques détails sur la liturgie pour commencer. Déjà j'étais un poil déçu : pas de Kyrie (surtout que celui chanté en ce moment est particulièrement joli), mais c'est remplacé par une aspertion et un chant pour l'accompagner (selon Madeleine ça peut remplacer le Kyrie, soit...). Ensuite point de confiteor entre l'Introït et le Kyrie... Aparemment ça ne se fait nulle part... sauf à Norcia où il y a un confiteor court. Je ne connais pas exactement l'histoire, donc je ne fais que constater... Bon... j'étais un peu déçu, la messe était dirigé vers le public, alors que ce bon vieux pape en fait parfois vers l'orient... c'était peut-être pour les touristes je ne sais pas... Une grosse pique aux traditionalistes à un moment aussi, puisque ce sont deux sœurs qui lui ont lavé les mains avant la prière eucharistique. Or les traditionalistes sont contre le fait que des femmes puissent aller vers l'autel et toucher aux objets sacrés ; d'ailleurs Madeleine a confirmé ce que j'avais un peu constaté, c'est à dire que ce sont plus les laïcs qui sont traditionalistes, le clergé est déjà nettement plus souple. Pour les curieux, la raison théologique qu'invoquent les laïcs (parceque même la fraternité St Pie X n'est pas fondamentalement contre ça) pour justifier cette interdiction c'est que le clergé représente le Christ, le côté masculin, que l'église représente le côté féminin, et que les laïcs représentent la troisième partie de la trinité, les enfants en quelque sorte. Car les traditionalistes sont contre toute forme de dualisme, donc il faut obligatoirement un troisième truc. Selon ce raisonnement donc, le clergé est uniquement masculin. Autant je trouverais qu'une messe célébrée par une femme ce serait bizarre, autant des femmes religieuses qui touchent aux objets sacrés ça ne me choque pas... ça me choque plus quand ce sont des laïcs. Et puis le raisonnement je n'arrive déjà qu'à moitié à vraiment le comprendre, et je trouve qu'il ne correspond vraiment pas à la réalité... Cette scène était assez magique d'ailleurs, comme la pentecôte est une fête de l'esprit saint, le pape et les pères à côté de lui étaient habillés en rouge ; et les deux sœurs qui sont venues lui laver les mains étaient dans un magnifique bleu roi (que j'avais jamais vu avant sur une sœur), combiné à l'ambiance de la basilique, ça rendait vraiment bien.

Au niveau de la liturgie eucharistique, on sent que le pape commence à fatiguer... c'est un grand maître en liturgie, il psalmodie donc toute la prière eucharistique, sauf qu'à 81 ans, il commence à avoir le souffle un peu court, du coup les fins de phrases sont fausses et avec un rythme un peu trop rapide, ce qui est vraiment dommage. J'ai dit à Madeleine que ça m'avait un peu déçu, elle considérait que c'était déjà pas mal que ce soit psalmodié presque juste, parceque c'est vraiment pas le cas partout... arg... c'est nul... j'ai de plus en plus l'impression d'assister à Norcia à une des plus belles messes du monde, puisqu'en effet les chants sont parfaits, et toute la prière eucharistique est psalmodiée juste, en rythme et avec une belle voix profonde (et vers l'orient en plus). Mine de rien ça joue énormément. Il paraît que les messes au Barroux et à N.D. de Paris sont très belles aussi... il faudrait que j'aille voir ça un jour... J'étais assez content aussi d'entendre l'évangile psalmodiée en latin, c'était très joli. D'ailleurs le pape a fait une très belle performance puisqu'il a tout psalmodié parfaitement juste... Ça change pas mal de choses mine de rien, c'est triste que l'évêque interdise au père d'ici de le faire... pourtant c'est autorisé à certains endroits, par exemple au Barroux, où ils psalmodient l'évangile en latin puis la lisent en vernaculaire.

Ensuite pour le chant ça m'a donné encore plus envie de continuer Gregorio... parceque vraiment les partitions qu'ils nous ont donné c'était pas vraiment ça... y'avait une partie scanné assez mal d'un vieux truc pas très bien imprimé, des partitions faites avec un logiciel (inconnu, sûrement un truc windowsien) qui a la police de grégorien la plus moche du monde... Bref, les partitions n'étaient vraiment pas classes du tout. Avec gregorio, même dans sa version actuelle, ça aurait été nettelement mieux... mais bon... je vais écrire aux éditions du vatican je crois, pour voir si on pourrait collaborer, et voir ce dont ils ont besoin.

Autre détail assez intéressant : point de signes sur les partitions du vatican. Les signes (point, double point, épisèmes verticaux et horizontaux) sont des signes qui peuvent allonger ou racourcir les notes. Ils sont mis sur le graduel de Solesmes (que tout le monde utilise, à part le Vatican aparemment) pour montrer comment Solesmes interprète les partitions. La plupart des gens interprètent les partitions à peu près de la même façon, mais il y a quand même des variantes, par exemple au Barroux ils n'interprètent pas les épisèmes horizontaux, ce qui rend la mélodie plus énergique, et ici ils n'interprètent pas les épisèmes verticaux sur les punctum inclinatum. Mais au Vatican, point de signe du tout. Ce qui pose certains problèmes... En effet il y avait deux voix : celle du cœur et celle des prêtres devant (enfin si j'ai bien compris), et l'assemblée chantait avec les prêtres. Le problème est que les prêtres interprétaient la partition telle quelle (sans les signes donc), et que le cœur avait une interprétation plus "classique" (et un poil plus jolie) de la partition, en interprétant des épisèmes imaginaires sur la deuxième note des salicus à la quinte par exemple, ce qui les fait durer plus longtemps... Ça posait un gros gros problème quand le cœur et l'assemblée chantaient en même temps, et du coup le cœur finissait deux "temps" en retard... mais bon, ça s'entendait pas non-plus trop, je dois être un des seuls à l'avoir remarqué... Ça montre cependant une chose, c'est qu'il y a bien moultes interprétations différentes du chant grégorien, c'est ce qui le rend intéressant...
par Elie Roux
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Lundi 12 mai 2008
Rome

Jeudi matin, départ pour Spoleto en bus, puis train pour Rome. Frère Jean partait aussi à Rome pour faire visiter à un groupe d'américains, on prévoit de se croiser à la messe dimanche.

Bon, première chose : les photos ! http://norgz.info/roma

Arrivé à 11h à l'auberge, qui se situe malheureusement trèèèèèès loin d'une station de métro, au nord de Rome, près du stade olympique. À 11h30, il y a un tournage de film de zombie devant l'auberge. Ah non, ce sont les teubreux qui arrivent et qui sont très en forme après leurs 30h de bus ! On met nos bagages vite fait dans l'auberge et on file visiter la ville. Là on splitte du groupe avec Madeleine et Anne-Céline, vu qu'avec Madeleine on a déjà visité Rome et on aimerait faire un programme un peu plus chargé pour visiter ce qu'on n'a pas encore vu.

On se dirige donc tout droit vers une station de métro pour aller voir la Rome antique... En fait on se gourre complètement et on arrive au vatican... qu'à cela ne tienne, on va visiter le musée. Très très impressionnant ce musée... en marchant vite on met 3h à le visiter. Le problème c'est que c'est trop long, on arrive presque blasés dans les allée de 500m de long avec des statues romaines de chaque côté... Bon, il faut bien l'avouer, la chapelle Sixtine ça pète quand même pas mal pour conclure cette visite. On va ensuite à St. Pierre, et là on entend quelqu'un dire "Gérard est parti s'occuper des billets pour la messe de dimanche"... diantre... des billets pour la messe... Bon, en attendant on va visiter. Et là sur qui on tombe ? Brother John ! Faut le faire ! On lui demande s'il faut des billets pour la messe. Il nous répond que non, il suffit de venir et c'est bon... Brother John a une grande foi dans notre beau monde. Un peu trop grande... on demande donc à quelqu'un s'il faut des billets pour la messe, il nous répond que oui, on peut aller en chercher dans un endroit louche à côté de St. Pierre. On va donc dans cet endroit louche, un escalier avec en haut des gardes suisses. On commence à s'approcher, et les gardes suisses commencent à nous engueuler, qu'il faut pas venir par là, ensuite un policier du Vatican nous demande pas très gentiment ce qu'on fait là... On explique que c'est pour des tickets pour la messe, et là ils deviennent gentils et un garde suisse va en chercher... Drôle d'endroit. Le temps de prendre quelques photos à partir du point où on voit les 4 rangées de colonnes alignées, et d'autres du tournage d'une pub samsung (avec des gros fresnels), on continue notre chemin vers la piazzia Navona et campo dei fiori, où on croise d'autres teubreux, qui commencent à se rentrer à l'auberge, on arrive quand même à en persuader deux que perdre une heure et demi ça ne sert à rien, et on va se chercher un coin pour manger.

Avant on va voir deux portes de Rome... bon... à peu près rien à voir, dommage... On arrive ensuite vers trastevere, et là c'est pas vraiment laid, c'est même vraiment un super joli coin ! On trouve un resto sympathique et on se pose. Là commence la longue série de repas italiens. Mais qu'est-ce qu'un repas italien ? C'est un peu long : ça commence par des antipasti, souvent une bruschetta (pain grillé avec des choses dessus, genre des tomates ou du jambon) ou de la mozarella, ensuite des pâtes, ensuite un deuxième plat, éventuellement accompagné par des choses ; et enfin pas de déssert. Autant dire que ça calle bien, et que c'est assez varié, donc très agréable.

Le lendemain matin, départ vers les catacombes, les termes et St Jean de Latran en bus puis métro... Ah... non... grêve de métro et de bus jusqu'à 13h... bon, tant pis, c'est parti pour la villa Borghese, mais pas avant un ptidej. Petit déjeûner assez intéressant d'ailleurs, puisqu'il a permis d'expérimenter la flexibilité des prix en italie... La preuve :

Madeleine prend un jus d'orange et un croissant : 3€
Je prend ensuite un jus d'orange, un croissant et un capuccino : 3€
Des touristes arrivent et prennent deux croissants : 6€
Madeleine retourne prendre un jus d'orange et un croissant : 2€50

Sans commentaire... si ce n'est qu'aparemment les italiens préfèrent vraiment quand on leur parle Italien plutôt qu'un savant mélange d'anglais et d'espagnol comment savent si bien faire les touristes (surtout français). On enchaîne avec une agnifique balade dans le parc de la villa Borghese (où il y a des perroquets, c'est assez déroutant), on arrive après quelques hésitations au musée (où je suis assez impatient de voir des tableaux du Caravage), mais en fait non, il faut réserver son billet et venir à une certaine horaire, là en l'occurence c'est plein jusqu'à mardi... Heureusement que les teubreux ont réservé des billets pour samedi à 17h ! Après ce double échec, on se dirige vers le sud, piazzia del popolo (où il y a une église avec deux tableaux du Caravage, trop bien !), place d'espagne, fontaine de Trévi, les 4 fontaines et fontaine des tritons, puis on boit une bière en attendant que le métro ouvre, pour se dirige vers la Rome Antique. L'incontournable collisée, puis le forum, dans lequel on passe un peu de temps (c'est un endroit extrêmement agréable), avant d'aller visiter un apart pour la sœur de Madeleine (ça s'invente pas) et de revenir le soir vers le forum pour le voir avec la magnifique lumière du soir romaine... Après la fermeture, direction campo dei fiori pour boire un peu de vin. C'est vraiment un bon souvenir, c'est une très bonne ambiance le soir pour boire un coup, et les vins italiens sont très faciles à apprécier et vraiment excellents ! On rejoint les autres pour aller se faire un resto pas loin de la place Navone. Encore un repas italien, paf. On finit par une brasserie bavaroise (ça s'invente pas non-plus...) où je goûte du limoncello, un alcool italien ma foi fort bon.

Le samedi, là point de grève de métro, donc direction les catacombes de St. Calixte. Très décevant... on ne peut quasiment rien visiter, heureusement on a un guide qui (même s'il parle très bizarrement) nous explique un peu l'histoire des catacombes. Tant pis... direction les termes de Caracala. C'est grandiose, ça devait être extrêmement impressionnant quand c'était debout... On se dirige ensuite à pied vers St. Jean de Latran. Très surprenant... on s'attendait à un église pas très grande mais jolie... enfin je crois qu'on a toujours dans notre imaginaire les églises française, romanes ou gothiques, mais en Italie ça n'existe pas beaucoup... Donc on tombe sur une église baroque beaucoup plus grande que ce qu'on croyait, avec un plafon dont au moins 50% de la surface est... de l'or. Bref, c'est chargé... et puis en arrivant au milieu de cette grande église... en fait on la traversait dans le sens de la largeur, elle est encore plus grande que ce que je pensais au début... très surprenant... On retourne ensuite Piazzia del Popolo, où on recrois les autres. Ils se dirigent vers la place d'espagne, mais comme on a déjà fait, on se sépare des autres avec Madeleine pour aller directement à la villa Borghese. On va donc un peu à l'Ouest de la place d'espagne (où on voit notamment la rue des diseurs de bonne aventure, très typique) et on se dirige vaguement dans la direction de la villa Borghese. Sur le plan qu'on avait, il fallait faire un tour pas possible en tournant à un moment à gauche. Problème : des travaux sur 800m pour la troisième ligne de métro nous empêchent de tourner à gauche... on se retrouve donc sur une place qui n'est pas sur le plan (car derrière une pub...), on prend une rue au pif et on se retrouve... en plein milieu de la Villa Borghese, pile là où on voulait aller ! Ça tombe bien... on va donc loozer un peu devant le musée en attendant les autres et là... on recroise Brother John ! Décidément... Je l'avais prévenu pour les tickets de la messe, il me remercie. Une fois les autres arrivées, direction le musée... Un des meilleurs musées que j'ai jamais visités... Déjà parcequ'il y a la plus grosse concentration de tableaux du Caravage au monde (6 ou 7 dans la même pièce !), et puis parceque ce n'est pas trop grand et qu'il y a énormément de tableaux et de sculptures magnifiques, notamment du Bernin, qui sont vraiment hallucinantes je n'avais jamais vu de sculptures aussi magnifiques... Pour notre dernière soirée, on se dirige vers un resto vers Trastevere, on en prend un pas trop cher. Et là, c'est le drame, c'était vraiment un resto pour touristes... Le pire service jamais vu dans un resto... Genre on se commande avec Madeleine un repas italien, sauf qu'on nous apporte les accompagnements du second plat avec les antipasti... Madeleine râle un peu, là il y a quand même une performance en terme de mauvais service qui vaut le coup d'être rapportée : Madeleine avait les accompagnements du second plat devant elle, et les antipasti dans une assiette à côté. Elle dit que les accompagnements c'est pour le second plat, et là, la serveuse dit "ah, pas de problème" et elle échange les deux assiettes pour que Madeleine se retrouve avec les antipasti devant elle... groumph... Madeleine râle un peu plus fort, et la serveuse finit par reprendre les accompagnements... qu'elle rammène, après qu'ils aient bien eu le temps de refroidir, avec... les pâtes. Ça commence à être lourd... Après ils oublient de servir quelques plats, et ils oublient aussi un autre antipasti... À la fin, Madeleine fait passer un sale quart d'heure à la serveuse qui finit par céder une ristourne d'une bouteille de vin... Sauf que comme on n'avait pas touché à nos accompagnements (froids...) et que la serveuse avait dit que ce serait normal de pas les payer, on ne les paye pas. La serveuse en recomptant rattrape Madeleine dans la salle principale, qui commence à râler très fort, la supérieure arrive, et en voyant que Madeleine commençait à parler un peu fort dans la salle principale, nous demande de nous en-aller sans hausser la voix... Bref, un resto assez épique... On rentre pas trop tard pour se lever tôt et aller à la messe au Vatican le lendemain.

Le lendemain, messe au Vatican, à laquelle sera consacré le prochain article, puis un vrai bon resto pas pour touriste, avec un vrai gros chef Italien qui parle fort, et des clients habitués, c'était déjà bien mieux !
par Elie Roux
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Lundi 5 mai 2008
Hier soir je suis allé au cinéma avec ma prof d'italien et une de ses copines, on est allé voir "Tutta la vita davanti", un film Italien, en Italien, sans sous-titres. Bon, autant être franc, j'ai globalement à peu près rien compris à ce qu'ils disaient... heureusement c'était assez narratif, même sans comprendre les mots j'ai quand même bien compris l'histoire.

C'était assez marrant, même si c'est pas le film de l'année... outre le fait que ce soit assez joli et bien joué, l'histoire n'était pas d'un intérêt exceptionnel... Par contre c'était vraiment intéressant pour comprendre un peu l'esprit italien, notamment la relation au corps...

En fait c'est assez drôle de constater que l'érotisme féminin italien n'a à peu près rien à avoir avec celui d'angleterre par exemple. En Italie point de dénuement abusif, à part pour vraiment les gens très vulgaires ou qui jouent un peu trop sur la séduction ; pas de décoltés décomplexés ou des robes où on se demande s'il y a vraiment un bout de tissus quelquepart comme en angleterre. Par contre le visage et les habits sont beaucoup plus importants, sans oublier bien sûr les énormes lunettes. Le sexe est complètement désacralisé et dédramatisé aussi dans ce film, ça fait mine de rien une sacrée différence avec les films français...
par Elie Roux
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Dimanche 4 mai 2008
J'ai un peu plus discuté avec Brother Bintang aujourd'hui, je ne pensais vraiment pas qu'il était autant calé en musique. Mais la discussion m'a laissé un goût bizarre...

En effet il m'a passé de nombreux disques, notamment de Marcel Pérès, un interprète de grégorien "à l'ancienne", avec pas mal d'influences byzantines, que j'aime beaucoup. En lui rendant ses disques je lui ai demandé s'il en voulait que j'avais et qu'il n'avait pas, donc on a commencé à écouter un peu de musique, du Marcel Pérès, il y en a qu'il aime beaucoup dans ceux qu'il n'a pas. Ensuite on a dévié un peu vers du Bach, je lui ai fait écouter une version d'Actus Tragicus que j'aimais bien, il a voulu écouter la deuxième partie, la première partie chantée, très mélodique et joyeuse, qu'il connaissait très bien aparemment, il était comme un gosse, mais au bout d'une dizaine de secondes il a enlevé le casque et m'a dit qu'il fallait mieux arrêter maintenant, parcequ'il aimait beaucoup ça. J'ai trouvé ça triste...

Après finalement on a écouté d'autres trucs un peu plus sombres, qui conviennent sûrement plus à la vie monastique, comme les leçons de ténèbres de Couperin chantées par Gerard Lesnes. Il connaissait bien, et pour cause... il a vu Gerard Lesnes les chanter dans le palais du sultan à Jakarta...

Il aimait bien aussi les chants d'Hildegard von Bingen, il a même un fac similé d'un de ses manuscrits. Je lui ai dit que j'avais, outre l'interprétation de Marcel Pérès, des interprétations par Sequentia, un groupe britanique. Qu'il connaissait encore, puisqu'après la mort de la soprane principale de Sequentia, son mari s'est remarié avec une de ses profs de chant.

La tante de Brother Bintang est organiste, après ses études de chant, elle lui a appris l'orgue, et il était organiste dans une église, c'est comme ça qu'il s'est plus intéressé à l'église, et qu'au final il est venu ici.

Après j'ai voulu lui faire écouter un version du Miserere Mei d'Allegri par A sei voci, un groupe vocal avec une soprane vraiment exceptionnelle, en lui disant que le disque était intéressant puisqu'il y avait une version très proche de la partition, et une version très ornementée. Et encore une fois il connaissait bien, puisque c'est exactement ce qu'il enseignait en Indonésie, l'ornementation...

Décidément, Brother Bintang a une culture musicale extrêmement impressionante, je trouve ça... triste...
par Elie Roux
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Samedi 3 mai 2008
Comme le nom de cet article l'indique, hier et aujourd'hui je suis allé à Assise... et je dois avouer que c'était un séjour extrêmement agréable et instructif sur beaucoup de points, donc l'article risque d'être un peu long, et de parler pas mal de liturgie et de religion... bon, pour les gens que ça ne passionne pas, j'en parlerai qu'à la fin...

Avant toute chose, le plus important, les photos... Elles sont là : http://norgz.info/assisi/

Je suis arrivé à assise à 9h32, j'avais rendez-vous avec un frère franciscain (fra Stefano) à côté de la basilique Santa Maria degli angeli à 10h. J'en profite pour visiter un peu la basilique (il est bon de noter qu'à ce stade j'ai une idée assez vague sur qui est St François...), là première surprise, y'a un truc pas banal dans cette église... une autre église (y'a une photo) ! Bon, je fais le tour vite fait, et je vais à la rencontre de Fra Stefano. Assez surprenant, il est jeune, sportif (ancien footballeur professionnel), et en quelque sorte l'archétype du beau gosse italien... surprenant pour un moine... on le voit sur les deux dernière photos. Il m'emmène poser mes affaires vite fait dans ma chambre, dans le très grand couvent collé à la basilique, puis on retourne dans la basilique (par des racourcis obscurs réservés aux moines, en passant par des passages interdits aux pélerins), et m'explique un peu la vie de St François, que l'église à l'intérieur de la basilique est une petite chapelle dans laquelle aimait prier St François et qui avait une grande importance pour lui. La basilique a été construite autour pour la protéger. Entre temps d'ailleurs, environs 200m de pélerins (oui ça peut très bien se compter en mètres) faisaient la queue pour y entrer. Bon... pourquoi pas...

Il était un peu tard pour aller à Assise avant le déjeuner, donc je vais visiter un peu le couvent... Notamment le jardin... assez magique, avec une allée de colonnes qui mène à une sorte d'autel improvisé (avec des chaises de jardin à la place des bancs) à la vierge, et une vue splendide sur Assise, qui n'est pas si près que ça... disons que Sta Maria Degli Angeli est bien dans la plaine alors qu'Assisi, comme toute ville d'Ombrie qui se respecte, est perchée sur une petite montagne.

Fra (Fra c'est pour frère au sens religieux du terme, en italien c'est différent de frère au sens familial) Stefano m'emmène ensuite au repas dans le réfectoire du couvent... je crois que j'ai rarement vu une aussi grande pièce (photo dans le répertoire sus-indiqué) !

Ensuite commence la petite comparaison qui s'impose entre bénédictins et franciscains... parceque c'est vraiment le jour et la nuit... En effet les bénédictins ne parlent pas pendant le repas, les franciscains c'est tout le contraire ! J'arrive dans le réfectoire, le grand manitou (je sais pas comment il s'appelle chez les franciscains) me présente, dit d'où je viens, etc. ensuite je vais m'asseoir, quasiment tout le monde vient me dire bonjour, en me serrant chaleureusement la main, ils sont très tactiles et chaleureux les franciscains. Quand je suis parti il y en a même qui m'ont fait la bise, chose qui ne se fait habituellement pas du tout en Italie. Deuxième différence, petite pour vous peut-être, mais pas pour moi : ils mangent de la viande !!! Je me suis donc goinfré de tout ce que je pouvais avaler comme viande, ça fait du bien ! Surtout que la viande italienne est plutôt bien préparée (enfin surtout dans les monastères j'imagine) ! Vite fait au niveau de l'habit : les bénédictins sont habillés tout en noir, les franciscains sont en marron avec une ceinture en corde blanche. Au niveau des cheveux : le cheveu bénédictin ne dépasse pas les 5 mm, sauf quelquefois pour la tonsure, et la longue barbe est de mise, chez les franciscains, c'est plutôt barbe de 3 jours pour faire ritale, et cheveux pas trop trop longs, mais qui atteignent parfois la bonne dizaine de centimètres... Les franciscains parlent donc, et comme tous les italiens ils parlent beaucoup, vite et fort, et comme tous les moines, ils parlent plus de langues que de raison... Je ne crois pas qu'il y ait un moine qui ne comprenne pas le français, même ici chez les moines américains, c'est assez impressionnant. Dernière différence : les horaires. Les bénédictins (enfin les purs et durs comme à Norcia) commencent à 4h et finissent à 19h30, les franciscains commencent à 6h30 et finissent à 20h30, avec beaucoup moins d'offices.

Pendant le repas je parle un peu de ce que je fais notamment de gregorio, et là paf, *le* troll arrive en moins de 3 minutes, eh oui... Linux vs. Windows encore une fois... le troll sévit même chez les franciscains... Mais gregorio les intéresse beaucoup ! Je me suis fait présenter à un père qui est le grand chanteur du couvent, ça l'intéresse beaucoup, et un chanteur lyrique exceptionnel (que je n'ai pas entendu chanter autrement qu'en répétitions, dommage...) linuxien aussi, qui l'a essayé (pourtant pas dans la version actuelle qui est beaucoup mieux) et m'en a dit du bien... C'est pas mal ça motive ! Par contre c'est rigolo ils veulent absolument me payer... J'ai passé une bonne partie du repas à côté d'un père qui a été prêtre en france pendant 10 ans et qui parlait parfaitement le français sans accent, on a donc parlé un peu français, et je me suis fait peur en m'écoutant, je lui parlais avec un accent italien exagéré et à deux à l'heure, un peu comme un débile... c'est la façon que j'ai d'habitude de parler français pour que les italiens comprennent mais il a dû me prendre pour un neuneu au début.

Je parle beaucoup avec fra Stefano, il connaît bien Vezelay où il a séjourné chez les franciscains. Pour la petite histoire, les premiers franciscains partis franciscaniser Paris ont fait une pause à Vezelay... d'où ils sont jamais repartis tellement c'était joli, et je dois dire que je les comprend. Il connaît aussi l'abbaye cistercienne du Toronet, où il a chanté sous les voûtes ! Et ça c'est la classe, car pour ceux qui ne le savent pas, l'abbaye du Toronet est une des très très rares "vraies" abbayes cisterciennes, c'est à dire avec des voûtes spécialement adaptées pour le chant ambroisien (repris par les cisterciens), avec une acoutique impressionnante, où on peut entendre une note 12 secondes après qu'elle ait été chantée. J'avais vu un concert d'un groupe vocal là-bas c'est complètement fou...

Ensuite fra Stephano s'arrange avec fra Massimo et fra (euh... me rappelle plus...), qui allaient à l'ermitage de St François dans l'après-midi avec un groupe de jeunes, pour qu'ils m'emmènent aussi, car c'est un endroit important aparemment... Donc à 14h30 (enfin 14h30 en Italie, 15h quoi...) je m'en vais dans leur minibus chercher un groupe de jeunes, puis direction l'ermitage... Les jeunes en question (bon... 5 ans de plus que moi en moyenne je dirais) sont vraiment sympas, par contre ils sont napolitains, donc je comprend pas grand chose à ce qu'ils racontent (l'Italie n'est pas très unifiée au niveau de la langue), mais il y en a un qui m'explique un peu ce qu'ils racontent, etc. Beaucoup de pélerins vont à l'ermitage à pied... il doit y en avoir pour un peu plus d'une heure et demi je pense, et ça monte dur... autant dire que c'était pas mal d'y aller en bus !

Une fois là-haut, comme un peu partout ici, on prend une grosse claque visuelle et on se dit que c'est le plus bel endroit du monde... C'est un petit ermitage ancien perché au milieu d'une forêt très belle, vraiment magique... On y reste quasiment toute l'après-midi, ce qui me permet de parler beaucoup italien. Dans ce groupe il y avait une fille qui était le sosie de l'éclairagiste des mélomanies (le festival de musique où je suis bénévole l'été), c'était assez troublant (même si elle faisait 20 bons cm de plus...).

Bon, je sais pas où il faut le dire donc je le dis ici. Il faut savoir un truc : les franciscains sont vraiment les gens les plus gentils du monde, c'est complètement hallucinant, j'ai passé un excellent séjour, beaucoup parlé avec eux (il y a énormément de jeunes), ce sont vraiment des gens extraordinaires et faciles d'accès.

Ensuite ils me laissent à San Damiano, le monastère des novices franciscains, où je vais assister aux vêpres, car il paraît que c'est joli... en effet je ne suis pas vraiment déçu ! C'est en pleine nature, comme l'église est toute petite, le son est retransmis dans une petite cour extérieure, juste à côté de l'église (cf. photos). Ça sent bon, il fait une température idéale, on a une vue splendide sur la plaine, le soleil se couche... je ne pouvais pas vraiment rêver mieux... Enfin si... vêpres un peu mieux, mais bon, j'en parlerai plus tard. Je redescend vers Santa Maria degli Angeli, une bonne heure à pied, avec un vent frais du soir, pas une voiture, une nature magnifique, un coucher de soleil... le pied...

Le lendemain matin laudes puis messes. Ensuite petit déjeûner... encore très différent de Norcia. Je ne sais pas si c'est le petit déjeûner italien typique (je ne pense pas en fait), mais ça m'a bien plus. En gros y'avait du pain, de la charcuterie, du fromage, et c'était atelier fais ton panino, trop bien ! J'ai donc pu me regoinfrer de viande ! Ensuite marche jusqu'à Assise (une bonne demi-heure) sur la voie spéciale pélerins, pavée et éclairée la nuit. Je visite donc les très nombreuses églises d'Assise (celle où St François a été baptisé, celle où il est enterré, celle de Ste Claire, etc.) dont, fait très rare en Italie, deux églises gothique ! Les premières que je vois... À partir de 10h c'est un peu galère, il se met à y avoir des pélerins partout, la plupart allemands en anglais, c'est insuportable ils font un bruit pas possible dans les églises, du coup les franciscains font encore plus de bruit pour les faire taire... bref...

Assise est une ville extrêmement belle, une petite ville typique d'ici, avec des rues très étroites, mais c'est quand même de loin la plus belle que j'ai visité jusqu'à maintenant. Cependant, c'est peut-être la plus petite. En effet c'est minuscule, il faut une demi-heure à tout casser pour la traverser en long, et il n'y a aucune banlieu, à côté c'est juste la campagne avec quelques fermes, beaucoup d'oliviers, de cyprès et d'orge (ce qui ajoute pas mal au cachet il faut bien le dire). Donc bon, une matinée à mon rythme et on peut faire le tour, ce qui permet d'éviter à la fois la chaleur et les pélerins. Retour au couvent pour le repas, encore une fois délicieux. Je retrouve fra Stefano qui m'emmène voir des coins un peu fermés du monastère. J'y vois d'ailleurs une représentation des noces de Cana, c'est assez rare, ça doit être la première que je vois.

Quelques commentaires sur les photos : y'avait une expo à Santa Chiara où il y avait des tableaux représentant Jean-Paul II, dont celui que j'ai pris en photo parcequ'il était kitschissime... ça ne se voit pas beaucoup (il faut que je me penche un peu pour voir) mais dans la lumière il y a un gros cœur blanc, ça fait... saylor moon... Il y a aussi une statue de la vierge assez étrange, avec des épées plantées dans la poitrine, c'est pas banal... Et aussi à San Francesco une représentation de la vierge triomphant du léviathan (alors que d'habitude c'est plus Michel).

Bon... voilà pour le récit non-polémique... Ensuite viennent quelques remarques d'ordre religieux. St François était un grand fan de la vierge, d'ailleurs la chapelle qui est dans la basilique (vous suivez ?) était au départ dédiée à la vierge. Du coup ça change énormément de choses... Les représentations ce n'est plus Dieu, un peu en dessous Jésus et en bas les gens, ça devient Jésus et la Vierge au même niveau et en dessous un peu au dessus des autres St François. Ça peut paraître un détail anodin mais ça change pas mal de choses. Jésus et la vierge sont limite représentés en couple (à Santa Maria degli Angeli par exemple), et le parallèle est vite fait avec St François/Ste Claire.

Ensuite au niveau de la liturgie... Aux vêpres à San Damiano je suis arrivé un peu avant, vers 18h30, pendant ce qui précède les vêpres (l'adoration je pense), c'était principalement l'ave Maria répété de très nombreuses fois à la suite (une bonne vingtaine je pense). L'idée de répéter une prière plusieurs fois je trouve ça pas mal, ça imprègne plus. Aparemment ça se faisait avant et ça se fait encore dans d'autres rites (car il existe outre le rite romain et le rite Vatican II, quelques autres rites, comme le rite ambroisien à Milan et le rite à Bonevento en Espagne). Les vêpres ensuites étaient totalement différentes des vêpres bénédictines. Les vêpres bénédictines (à 17h30) consistent en quelques respons, un kyrie, un pater et 4 psaumes (dans le désordre), là (à 19h) il y a vaguement un chant au début, puis une lecture puis un loooooooooong sermon : un bon quart d'heure sur les quarante minutes. Je suis parti avant la fin...

La messe le lendemain était très Vatican II. D'ailleurs le grand chanteur (je sais pas trop comment l'appeler) était tout content parceque Solesmes avait enfin sorti l'antiphonaire de la liturgie Vatican II... Donc c'était cheap, notamment les habits : on avait l'impression que c'était des bouts de napes cousus avec des dessins de maternelle dessus. Dans beaucoup de monastères (notamment dans le couvent bénédictin à Norcia où je suis allé deux fois), c'est à la mode d'avoir un orgue en même temps que le chant, ce qui est selon moi pas une mauvaise idée en soi, mais qui est totalement inapliquable : déjà que les chanteurs en général n'arrivent pas à partir en même temps sauf s'ils sont très bons (eh oui... pas de notion de rythme précise dans le grégorien...), alors quand en plus l'organiste n'entend pas bien en part après ça donne un flottement de deux secondes absolument horrible au début de chaque reprise, qui fait vraiment cheap... Là il y avait un orgue, par contre c'était parfaitement calé avec le chant... et pour cause ! Il n'y avait qu'un chanteur, et c'était le chanteur qui jouait de l'orgue... il risquait pas de se décaler. Malheureusement ça doit être le seul endroit au monde où ça se passe comme ça... Pour le reste l'orgue c'est très bien pour jouer en solo (comme à Norcia), mais pas du tout pour accompagner.

Un autre truc qui était assez laid pendant cette messe c'était le son... En effet, malgré le très faible nombre de personnes (amplifier se justifie à peu près pour une très grande église comme ça, mais pas tout le temps...), le chanteur et les deux moines qui, pendant les laudes, se répondaient sur les psaumes, étaient amplifiés... mais avec des petites enceintes (Bose, pour les connaisseurs) et des petits micros qu'on voit habituellement pour les discours (sauf le chanteur qui avait un SM 58)... Autant dire que le spectre était très déformé, et que du coup c'était vraiment moche, je trouve ça vraiment dommage... je suis déjà pas sûr qu'avec une amplification "parfaite" on arrive à avoir un son aussi joli que sans (parceque mine de rien y'a quand même une acoustique pas simple dans une église), mais alors quand l'amplification est moyenne, beurk...

Ah oui, un truc que j'ai oublié... les laudes... aparemment dans la liturgie Vatican II, la position des moines pour les offices a aussi changé, maintenant ils font comme les prêtres Vatican II ils sont face aux fidèles. Du coup la récitation des psaumes se transforme en concert... Pour ceux qui ne sont jamais allés à un office, la récitation des psaumes se fait deux vers par les moines qui sont à gauche de l'hôtel, deux vers par les moines qui sont à droite, etc. Là il n'y avait que deux chanteurs, face au public, on peut voir ce genre de réponses de gens face au public notamment dans les concert, de rock ou de métal... très étrange pour une messe... Finalement je suis assez content de retrouver les offices de Norcia, bien plus jolis, où les moines se font face, et laissent une allée jusqu'à l'autel.
par Elie Roux
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Jeudi 1 mai 2008
Chose promise, chose dûe, voici quelques photo illustrant ce qu'est le kitsch italien... c'est assez extrême, attention les yeux : http://norgz.info/kitsch/  : tout d'abord la vitrine la moins apétissante du monde... Bien entendu au premier plan, une famille de sangliers empaillés, ça passe presque, mais bon... quand on voit les 72 (non j'exagère, y'en a que 9) autres bestioles empaillées derrière et les saucissons qui pendent, c'est un peu glauque... Ensuite on fait dans le plus léger avec le lapin empaillé déguisé en chasseur, avec un fusil... fallait l'inventer ! Et enfin la vierge marie et les 7 nains... mais bon j'exagère, en fait Blanche neige est cachée quelquepart je ne l'avais pas vue...

Les moines ici ont le droit d'aller sur le web mais doivent demander l'autorisation avant de télécharger des choses... moi (je ne sais pas trop pourquoi) j'ai le droit, même sur les autres PC que le mien... ça donne donc des situations assez comiques, où pour installer des logiciels sous linux par exemple, brother Johnathan tape sa ligne de commande dans un terminal, et m'appelle pour que j'appuie sur entrée... bref, assez déroutant...
par Elie Roux
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Dimanche 27 avril 2008
Ce week-end en effet quelques hôtes sont venus, tous américain. C'était assez étrange, ils venaient aux offices et ils chantaient tous, faux et pas en rythme évidemment... ça me faisait un peu penser à des américains qui auraient débarqués avec leur coke et leurs pop-corn...

En ce moment je bosse beaucoup sur mon style TeX, je l'ai beaucoup amélioré je suis assez content, ça commence à avoir vraiment la même tête que le graduel triplex que je me suis acheté récemment. Je ne sais même plus si j'en ai parlé ici d'ailleurs... au cas où : un graduel est un livre contenant les partitions des chants des offices du matin, dont la messe. C'est plus intéressant que l'antiphonaire, pour les offices de l'après-midi, car pendant la messe les chants sont plus mélismatiques (plus complexes on va dire... il y a plus de notes par syllabe), donc les partitions plus variées graphiquement... et un graduel triplex c'est un graduel avec en plus sur toutes les pièces la pièce originale en notation ancienne provenant du manuscrit de St. Galle en dessous, et la notation du manuscrit de Laon au dessus. C'est assez impressionnant comme les trois notations (Laon, moderne et St.Galle) diffèrent pour une même pièce, l'interprétation moderne est vraiment très standardisée et "pauvre", c'est un peu dommage... je comprend que ça passionne les gens (bon ok pas beaucoup... mais quand même) de retrouver l'esprit "originel" du chant grégorien, car l'esprit moderne en semble parfois un peu éloigné...

Hier soir j'ai regardé Caravaggio, un film anglais de Derek Jarman en 1986. C'est un film très "extrême gauche" dans le sens où tout le monde est habillé en costume moderne, fume des clopes, il y a des calculettes, des machines à écrire, des magazines, etc. Cependant, il faut bien l'avouer, plastiquement c'est très très réussi, il y a des plans qui sont hallucinants tellement ils ressemblent à des peintures du Caravage, et, du coup, qui sont extrêmement intéressants au niveau lumière, et il y a quelques scènes qui, même si on a du mal à saisir le sens (c'est pas très narratif comme on dit), sont vraiment jolies... Si je le trouve, ce film viendra parfaitement rejoindre ma collection de DVDs étranges...

Le week-end prochain il y a de grandes chances que j'aille à Assise, et que je passe la nuit là-bas, dans un monastère bénédictin (enfin, comme dirait brother John, moyennement bénédictin mais bon, l'ordre n'ayant pas 'splitté' comme l'ordre cistercien, ce sont des bénédictins quand même), ça va être pas mal je pense... si je peux faire la même chose après pour Florence ce sera vraiement parfait pour le coup...
par Elie Roux
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