Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 13:22

Un petit mot quand même pour décrire la vie ici, d'un point de vue très extérieur...

Déjà, KarmaLing c'est pentu... 40m de dénivelée entre ma voiture et le chalet, et 30m entre le bureau et le chalet, autant dire que ça muscle les jambes et que j'ai fait pas mal de progrès ! Niveau météo, il y a 20 bons centimètres de neige en ce moment, et le chemin pour aller aux chalets est une vrai patinoire... mais je suis tout équipé de bottes canadiennes (un bon kilo chacune), donc je n'ai plus froid aux pieds ! La route pour monter est vraiment très raide et il faut des pneus neige quand il n'y a pas trop de neige, et des chaînes dés qu'il neige un peu... voire parfois on ne peut pas descendre du tout...

On peut assister ici à plusieurs couchers de soleil : en général comme c'est bien encaissé, le soleil se lève vers 11h et se couche vers 13h, du coup le midi tout le monde se précipite pour manger dehors quand il fait beau en débarassant un peu la neige des tables pour profiter du soleil, ce qui ne lasse pas d'étonner les visiteurs... manger dehors dans la neige c'est pas commun, mais finalement c'est vraiment agréable ! Une fois le soleil couché on va prendre un café au chalet où le soleil est encore là, pour assister au deuxième coucher de soleil ; on peut en voir un troisième beaucoup plus joli en général si on descend vers 17h, où le ciel peut avoir des couleurs extraordinaires...

 

Quelques photos : http://picasaweb.google.com/roux.elie/Balade#

Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 19:14

Les rituels

Après un peu d'acclimatation, je pense qu'il est temps de décrire un peu ce qu'on voit ici, d'un point de vue extérieur, car je me suis aperçu que je ne l'avais même pas fait... Par contre évidemment tout cela est à prendre avec des pincettes, étant donné que ce n'est pas très simple à comprendre pour moi.

Alors tout d'abord, qu'est-ce que le bouddhisme ? Eh bien un bouddhiste vous dirait que c'est comme "tantrisme", "hindouisme", etc., c'est juste un autre (yet another pour être plus précis) "isme" inventé par les orientalistes du XIXème, ça n'a absolument aucun sens pour un asiatique (ça n'existe pas en indien ou en tibétain). En quelque sorte il n'y a pas de bouddhisme, juste des pratiquants de la voie du Bouddha. Alors bon... comme en occident on a besoin de concepts ça nous avance pas beaucoup... du coup on a inventé le concept de bouddhisme... mais alors qu'est-ce que le bouddhisme ? Est-ce qu'on peut rajouter encore plein de gros concepts occidentaux dessus ? Eh bien oui ! On pourrait dire que c'est une religion, une philosophie, un chemin de vie... tout ça n'est pas tout à fait faux... En occident on a toujours tendance à se rassurer en se disant : "la religion c'est pas bien, mais le bouddhisme c'est bien, c'est donc que c'est pas une religion, mais une philosophie", c'est rassurant, mais c'est faux...

Au niveau des "religieux" qu'on peut voir ici il y en a de 3 types : les lamas, les moines et les yogis. Souvent ça se recoupe d'ailleurs. Un lama c'est un enseignant ; il faut avoir fait la retraite de 3 ans (ah oui, les enseignements sont dispensés pendant des petites sessions ou pour les gens qui vont plus loin pendant une retraite fermée de 3 ans) pour être lama, mais avoir fait la retraite ne fait pas forcément un lama, on peut tout à fait revenir à la vie laïque après... Comme on aime bien comparer, on peut être tenté de dire qu'un lama c'est une sorte de prêtre bouddhiste ; en fait pas vraiment, c'est simplement un enseignant. Ensuite un moine, bon là évidemment on capte mieux le concept, mais encore une fois c'est assez différent. Les vœux de moines sont très nombreux (environs 300) et beaucoup plus éxigeants que ceux des moines chrétiens, mais ils peuvent être pris pour un temps défini. Par exemple beaucoup de laïques prennent des vœux de moines pour une journée, pour les grandes fêtes. En tous cas les moines se définissent par leur vœux, pas par leur appartenance à un monastère, on peut tout à fait changer, devenir moine errant, etc. Les moines sont habillés en rouge bordeau ici (comme les tibétains), ça représente l'extinction des passions (qui sont en rouge vif), mais il y a d'autres couleurs dans d'autres traditions bouddhistes, par exemple les thaïlandais sont en orange, d'autres sont en noir, en jaune, en bleu, en marron, etc. Les yogis sont des pratiquants qui ne prennent pas de vœux mais pratiquent de façon très forte, parfois carrément extrême, qui peuvent avoir des comportements et des pratiques assez hors-norme (enfin en Asie, en France ils iraient en prison...), mais qui peuvent aussi vivre en ermite dans la montagne en mangeant des racines...

Il y a aussi plusieurs types de bouddhisme, trois "véhicules" principaux : le petit véhicule, le grand véhicule (mahayana) et le véhicule subtile (vajrayana, ou tantrique). C'est assez compliqué à définir, mais globalement j'avais entendu une présentation assez compréhensible : le petit véhicule consiste à dire "la souffrance vient des passions, donc je renonce à mes passions, je fuis les objets de souffrance" ; le grand véhicule (ou véhicule universel) consiste à dire "le problème vient de ma perception des choses, donc j'essaye de changer ma vision des choses pour ne plus souffrir, et de transformer mes émotions" ; le véhicule subtile est... plus subtile... il consiste à dire très grossièrement "en fait, il n'y a pas de problème, car je n'existe pas, mon ego est une tension illusoire inutile". Bien entendu c'est super simplifié, et partiellement faux, mais ça fait comprendre un peu. Selon les chiffres officiels (les bouddhistes aiment bien ce genre de trucs un peu folkloriques), on peut atteindre l'éveil en 97 vies par le petit véhicule, en 7 vies par le véhicule universel et en une seule vie avec le véhicule subtile. Par contre le véhicule subtile est ésotérique, et n'est pas facilement accessible. Quand on voit les enseignements on comprend vite pourquoi : la dissolution de l'ego est quelquechose qui fait extrêmement peur et qui peut provoquer des réactions très violentes (de gens qui vont se déresponsabiliser, avoir une sensation de toute-puissance très mauvaise, sombrer dans la bêtise ou la folie, etc.) surtout en occident où ces idées sont assez lointaines. La plupart des bouddhistes pratiquent le véhicule universel, les principales écoles du véhicule subtil étant au Tibet (où elles ont été importées d'Inde au temps où il y avait des bouddhistes en Inde) et peut-être un peu en Chine (dans le zen chinois), mais très peu ailleurs, par exemple pas du tout dans le zen japonais.

Un peu de représentations bouddhistes : selon les bouddhistes il y a 6 "mondes" : les enfers de la répulsion (ça correspond un peu aux enfers occidentaux), le monde du désir rempli d'esprits avides, le monde des animaux ignorants, le monde des hommes, le monde des demi-dieux jaloux et le monde des dieux orgueilleux. Tout cela consistitue le samsara. Le nirvana est en fait exactement la même chose, physiquement, mais seule la perception change, car ego et dualité ont disparu. Les bouddhistes recherchent l'éveil, qui est une notion pas si simple que je ne vais pas expliquer ici... et les pratiquants du véhicule subtile pratiquent selon des divinités (c'est pas le même mot que dieu en tibétain, mais du coup c'est pas traduisible), qui n'ont pas le même genre d'existence que les dieux du monde des dieux, mais sont des émanations de l'éveil en n'étant pas différentes de l'éveil (comprenne qui pourra). Ces divinités peuvent être très chrétiennement acceptables, notamment Tchenrézy, le bouddha de lumière et de compassion infinie ; mais peuvent aussi carrément choquer, comme Mahakala (le grand noir en sanskrit) qui est une divinité courroucée, qui est tout vilain, a 6 bras avec un hachoir, un collier de crânes, etc. En gros la signification de Mahakala c'est celui qui dévore l'ego. D'où des rituels tibétains assez proches du chamanisme dont le nom peut faire carrément froid dans le dos d'un occidental, comme "l'offrande du corps aux démons" (de son propre corps hein, rassurez-vous). Ici la pratique des rituels tantriques (le rituel de Tchenrézy/Mahakala le soir) se fait en français habituellement mais quand il y a beaucoup de gens en session de découverte il est fait en tibétain, sinon ça peut provoquer des réactions de peur assez fortes, à des paroles comme "le vent souffle, le feu brûle, les dix substances et les lettres fondent, cœur poignardé, océan de sang, sublime parure du charnier terrible", et aussi à la musique qui ponctue les rituels, qui est assez intense. Bon, par contre y'a aussi de très belles prières qui parfois font penser à des prières chrétiennes, du genre "pour tout ce que l'intellect aveugle a pu faire ou nous faire faire, pour tout cela, Seigneur, soyez indulgent" (c'est adressé à Tchenrézy).

Pour soulager un peu les tensions (je sens que vous allez faire des cauchemars cette nuit), on a projeté l'autre jour le film "Ostrov", un film qui se passe dans un monastère orthodoxe russe, et tout le monde a adoré, à tel point que tous ceux qui ne l'ont pas vu me l'ont pris. Ils retrouvent énormément de choses du Dharma (la voie du Bouddha si on peut dire), leur propre expérience, etc. c'est assez touchant...

Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 13:47

Cette semaine, un petit compte rendu de la rencontre fort intéressante avec les franc-maçons, vu que la franc-maçonnerie génère quand même beaucoup d'interrogations auxquelles j'ai quelques pistes de réponses... petit aperçu pas très bien écrit :
 - la franc-maçonnerie est vue par certains de ses membres comme une "hérésie judéo-chrétienne" (un peu de kabbhale, un peu de gnose, un peu de fourre-tout XIXème)
 - certaines loges sont très spirituelles et ne font pas du tout de politique, elles sont par contre en nombre très limité par rapport à celles qui ne font que de la politique et pas de spirituel
 - beaucoup de maçons se plaignent de rencontrer un certaine suffisance en loge
 - tous commencent à s'éloigner un peu (un peu) du côté très anti-religieux de la franc-maçonnerie du XIXème
 
Et donc sur les rapports entre franc-maçonnerie et bouddhisme, c'est assez intéressant de voir que les franc-maçon (certainement un peu par haine des catholiques) ont beaucoup aidé les bouddhistes à s'implanter (par exemple c'est eux qui ont fait don de la chartreuse d'ici), mais, comme ils disent "il y a plus de franc-maçons intéressés par le bouddhisme que de bouddhistes intéressés par la franc-maçonnerie", ce qui m'a fait beaucoup sourire...

Ici on rencontre des gens de tout bord : des anciens DJ dans les rave party des années 90, des skippers qui ont déjà fait des trans-atlantiques, des acteurs de théâtre qui se disent "ah si seulement je n'avais pas rencontré la spiritualité et que j'étais resté dans ma belle petite vie que je m'étais fabriquée", des anciens commerciaux de HEC qui ont déjà payé leur appart au bord du lac Léman (côté suisse), etc.

Au niveau de mes activités, c'est très varié et ça va de la cusine au plantage d'arbres, au béton, etc. mais ça reste quand même beaucoup télécoms, et un peu admin réseau...

Je suis les enseignements qui sont dispensés ici la semaine, dont notamment des cours de tibétain, qui est une langue ma foi fort intéressante, où les concepts (être, avoir, etc.) sont très différents de chez nous, et qui a une prononciation polytonique assez subtile... mais du coup ça m'amuse beaucoup d'essayer de bien prononcer les différences subtiles entre les trois ka, les trois pa, les trois tcha, etc. Certains enseignements sont très inspirants même si franchement il faut un niveau beaucoup plus élevé que le mien pour les comprendre, et avoir plusieurs années (une trentaine) de méditation... c'est le cas de l'enseignement de ce matin, qui est un enseignement du vajrayana (tantrisme quoi), c'est à dire un niveau "au delà de la vacuité" (alors attention, par vacuité il faut entendre interdépendance, pas néant comme au XIXème)... par exemple j'ai bien compris que la forme est vacuité, mais pour "la vacuité est forme", je crois que c'est la première fois de ma vie que j'expérimente ce sentiment (assez rassurant) de non-compréhension totale, et où je me dis que même en me triturant le cerveau je n'arriverai pas à la compréhension conceptuelle (qui n'est pas encore la compréhension profonde), la seule chose à faire est de méditer pendant plusieurs années...

Sinon pour les détails marrants, les tibétans considèrent qu'il y a 5 éléments : eau, terre, feu, air et espace ; l'espace étant ce qu'on pourrait plus ou moins appeler vide. Et 6 sens : ouïe, odorat, goût, toucher, vue et sens interne. Le sens interne étant ce qui capte les pensées. Là on commence à comprendre où des choses toutes bêtes du langage peuvent modifier considérablement la vision du monde : en occident on s'identifie beaucoup au "sens interne" et on a l'impression d'être "derrière les yeux", alors que rien que par les mots, les tibétains sentent bien que le moi n'est pas là...

Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 11:52

Il faudrait que je fasse des articles un peu plus souvent car j'ai un peu trop de choses à dire... je vais donc sacrifier un peu la forme au fond et faire des petits paragraphes...

J'habite maintenant dans le (petit) chalet d'un lama avec qui je m'entend très bien. C'est aparemment un des meilleurs endroits de l'institut, il y a une terrasse avec une magnifique vue (http://picasaweb.google.com/roux.elie/Balade#5533394031931275026), avec une vue vraiment belle sur la vallée, le pied quoi... le lama en question est un grand fan de Sainte Thérèse de Lisieu, et il a fait une sorte de petit truc très œcuménique (et très bizarre) sur sa terrasse : http://picasaweb.google.com/roux.elie/Balade#5533394027017876626 , c'est drôle de voir ça...

Ici c'est difficile de faire plus œcuménique, ils considèrent que toutes les religions mènent à la même chose, et qu'il n'y en a pas de supérieure aux autres... du coup on parle très librement.

Au niveau des activités je prépare des plans de rayonnement des antennes de téléphone pour montrer à la boîte qui les a installées que ça capte vraiment pas assez. C'est très amusant et intéressant, même si au final c'est une partie d'un conflit entre l'institut et la boîte. Et je m'occupe aussi de tout le réseau Internet, de sécuriser et légaliser un peu tout ça, et c'est tout aussi intéressant... Cet aprèm aussi je sonorise la rencontre avec les franc-maçons... bref, je touche un peu à tout ce qui m'intéresse... le pied quoi...

La plupart des gens voient le bouddhisme tibétain comme quelquechose de très idyllique, mais ici on découvre aussi le revers de tout ça, par exemple les tulkou. Tulkou ça veut dire "corps d'émanation de l'éveil", c'est ce qu'on pourrait traduire par "réincarnation" (oui, le tibétain c'est une langue très très peu traduisible), et tout ce qu'on reproche à l'Église est présent aussi au tibet : les tibétains ont un gros truc de "découvrir" des réincarnation de grands maîtres à leur naissance et à leur donner la place de leur maître, sauf qu'avec l'exil ça devient un peu obsessionel et qu'il y a beaucoup de dérives. Par exemple avec la réincarnation de l'ancien maître d'ici, qui était un maître très réalisé (comme on dit ici). Son tulkou en fait a les mêmes pouvoirs temporels que lui (il est maître spirituel d'un autre institut), mais est d'une réalisation bien moindre : ici il a été super malpoli, se lève à 11h et boit du coca tout le temps... les tulkou ne sont pas du tout reconnus dans toutes les (nombreuses) écoles bouddhistes tibétaines, et c'est un grand débat aparemment, avec tous ses aspects légaux (il faut un papier pour faire les initiations tantriques), conflictuels (quand deux tulkou sont reconnus et que la lignée se divise en deux), etc. Bref, c'est un peu pareil partout...

Je fais beaucoup la cuisine en ce moment... enfin ça consiste surtout à éplucher des cagettes et des cagettes de légume (y'a 200 personnes à faire manger en ce moment), mais du coup c'est intéressant, ça permet de méditer un peu... et de faire à manger pour Mireille Darc d'ailleurs, qui est venue le week-end dernier présenter son film pour le séminaire d'accompagnement à la fin de vie.

Je participe beaucoup aux enseignements, 4 matins par semaine et quand je peux aussi aux différents évènements. Je pense passer quelques mois ici, suivant comme ça se passe...

J'ai mangé pas mal de spécialité savoyardes tout à fait délicieuses (fromage, charcut, etc.), dont une merveilleure raclette au feu de bois hier, dans une auberge au fin fond d'une vallée perdue... ainsi qu'une truite au bleu... alors là je vous vois bien comme moi imaginer une truite au roquefort, eh bien non. Une truite au bleu c'est une truite qui a été attrapée (il y a un vivier) juste après que quelqu'un en ait commandé une, et mise directement vivante dans le bouillon... ce qui fait que c'est hyper frais et que ça a un goût tout à fait spécial (et que la peau est un peu bleue, d'où le nom).

Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 11 octobre 2010 1 11 /10 /Oct /2010 21:41

Et me revoilà parti dans de nouvelles aventures blogueuses ! Partant de bon pied avec un titre des plus racoleurs,  sorte de mythe de la création (à ne pas prendre au premier degré) bouddhiste pour expliquer la naissance du samsara (la saisie égotique duale illusoire de la réalité). Passons sur cette petite acroche et saisissons un peu ce qu'on pourrait appeler le passé : me voilà depuis un peu plus d'une semaine en VDI (voyage à durée indéterminée), porté dans le vent du sud par la Élimobile. Ma première étape qui risque de durer quelques temps est un centre bouddhiste dont je taierai le nom afin de ne pas polluer google de références indues à cet endroit qui a tout de même la bonté de m'accueillir. Me voilà donc en Savoie, drôle de pays de bourgeois gentiement indépendantiste à l'italienne du nord, drôle de pays aussi pour ses montagnes escarpées dans le giron desquelles je me trouve, dans une chartreuse bouddhiste (je laisse un petit moment de réflexion au lecteur) très encaissée. À vrai dire le premier jour j'ai cru qu'elle était encaissée totalement, ce qui n'a pas été sans ammener un certain désaroi lorsqu'à 9h30, malgré le jour évident, je vis (ou plutôt ne vis pas) le soleil obstinément caché derrière les montagnes... 1h d'ensoleillement en hiver... drôle de vie que celle des montagnards ! Cependant, la consolation du jour second a été de voir que malgré cet important encaissement, une vue résistait encore et toujours à l'envahisseur montagneux ! Et quelle vue ! Le nombre de kilomètres visible est assez indéterminable mais c'est au moins 3 séries de montagnes qui sont visible d'ici, ce qui permet de prendre l'air visuellement, tout en profitant de la sensation de recueillement dû à l'encaissement... un lieu intéressant qui n'a très certainement pas été choisi par hasard par les chartreux, qui conservent d'ailleurs un mémorial où ils peuvent continuer à observer le monde depuis leur refuge.

Ici la première chose qui m'a déstabilisée est l'ambiance au final très peu monastique : ici une ascèse modérée (entrecoupées de repas arrosés au resto), une discipline très personnelle, un accueil sobre, un passage et un mouvement perpétuel... mais tout cela est (fort heureusement) volontaire : ici en effet on apprend à vivre dans le monde mais en ne reniant pas ses principes religieux... ce qui ammène parfois à l'ascèse et à une grande sérénité et profondeur, mais pas toujours... ceci dit tout le monde est le bienvenu tant qu'on travaille : une trentaine de personnes en hiver et une soixantaine en été se relaient pour enseigner, étudier, gérer les retraites, acceuillir les très nombreux séminaires, traduire les textes de l'enseignement, produire des livres et des revues, cultiver l'immense potager bio, faire une excellente cuisine végétarienne et (c'est là que j'interviens) faire fonctionner le réseau Internet et téléphonique ! Car le centre est dans une période de transition ; les retraitants entrés en retraite totale (aucune sortie) et silencieuse de 3 ans en 2007 sont sortis, et la prochaine équipe de volontaires à cette retraite d'enseignements (qui permet de devenir lama) se préparent. Et notamment le gugus qui s'occupait de l'informatique et du réseau ! J'arrive donc ici tel le messie ("avec le look" comme on m'a dit) pour prendre sa place, ou au moins aider à la transition... j'écris donc en ce moment dans mon bureau au deuxième étage de la chartreuse, à côté du temple tantrique (vajrayana), où je travaille plutôt beaucoup sur des sujets très intéressants et créatifs. Ce n'était pas franchement le but du voyage, mais ça en devient un développement intéressant et assez cohérent avec le lieu...

Le nombre de choses tout à fait passionnantes que j'apprend ici au contact des gens, en suivant les enseignements et en pratiquant la méditation est trop important pour me permettre ne serait-ce qu'un bref résumé... je me contenterai donc de balancer quelques curiosités en vrac qui intéresseront certainement plus le lecteur que des considérations sur l'expérience de désaisie méditative. Par exemple le fait que les lamas d'ici (il faut savoir que le centre est très connu et est certainement un des meilleurs centres non-asiatique de bouddhisme tibétain) vont enseigner en Inde... Voici une information qui laisse certainement indifférent le lecteur peu attentif... mais considérons maintenant qu'une très grande partie de l'importante diaspora tibétaine est en Inde, pourquoi ne serait-ce pas eux qui enseigneraient aux 200 000 intouchables voulant se convertir pour faire la nique au système des castes (les bouddhistes étant, comme les sikhs, hors-caste) ? Eh bien tout simplement pour ne pas provoquer un hidouisme parfois nationalisant qui s'émeuvrait sans doute de voir les tibétains qu'il acceuille gentiement en train de convertir le 5ème de la population... Du coup pour ne pas froisser les indiens, ce sont les français qui (ayant appris des tibétains en Inde), vont enseigner... quel drôle de monde... Je pourrais citer aussi au niveau des choses (pas) tout à fait quotidiennes la découverte d'Avro Pärt grâce au lama typographe pour lequel je bosse en ce moment et avec lequel je m'entend fort bien... Avro Pärt, compositeur contemporain estonnien, dont les harmoniques minimalistes me font en ce moment même vibrer les nerfs auditifs de manière tout à fait orgasmique.

To be continued (avec des photos si vous êtes sages) !

Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /Jan /2010 11:05
Le week-end dernier petit (re)tour à Baile Herculane... Quelques photos ici, avec la neige ça change pas mal de la dernière fois !

Cette fois-ci on a été courageux et on a pris un bain dans la forêt : se changer les pieds sur la glace, -8 dehors, 36 à l'intérieur, c'est vivifiant ! Au final ça fait beaucoup de bien...

Mais mieux qu'un long discours :

http://picasaweb.google.com/roux.elie/BaileHerculane2#
Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /Jan /2010 15:23
Ce week-end, petit tour chez nos amis slaves, à Belgrade (beo = blanc, grad = ville)... Première surprise : ça roule vraiment mieux qu'en Roumanie, et les gens sont étonamment disciplinés : 60 km/h dans les villages et 80 partout ailleurs (même sur les autoroutes), des limitations très bizarres et, étrangement, très respectées, en plus la conduite est beaucoup moins agressive qu'en Roumanie ; plutôt agréable donc... Enfin jusqu'à Belgrade... qui est vraiment la pire ville du monde pour se repérer : aucun panneau, les noms des rues jamais indiqués, etc. J'ai donc commencé par une bonne heure de route complètement perdu dans Belgrade... fort heureusement on ne met que 3h depuis Timisoara...

Après un apéro à la rakija (la gnôle locale) de coing fort délicieuse chez des réfugiés bosniaques, on a mangé quelques pâtes bolognaises et des sortes de lasagnes serbes très bonnes aussi. Première surprise : le gugus qui avait préparé la (vraiment) bonne sauce bolognaise a mangé des pâtes bolognaises en mettant un énorme paté de mayonnaise industrielle... brrr....

Finalement on prend le bus (j'ai rarement vue une ville aussi bien déservie en transports en commun), de la banlieu vers le centre. Alors là on passe par des endroits très surprenants qui valent bien un petit développement :

Tout d'abord la banlieu, très étendue, mais avec des blocs très très espacés, très différents, de toutes tailles, couleurs, formes, mélangés avec des maisons, etc. bref, un truc assez vivable, bien plus joli que les blocs de ce cher Ceaucescu...

Ensuite quelques ghettos roms... assez nombreux mais tout petits ; inimitable ambiance favellas brésiliennes mais avec toujours des tapis qui sèchent sur les fils à linge... jamais vu un truc pareil...

Le quartier d'après est le quartier des ambassades, le plus bombardé par l'OTAN (cocorico !), avec encore quelques énormes bâtiments complètement détruits. Anecdote marrante : le pote chez lequel je suis allé a commencé à perdre ses cheveux, il s'est demandé pourquoi et c'est parcequ'il travaille dans ce quartier, qui est assez radioactif car bombardé à l'uranium appauvri (aparemment pas assez appauvri)... Il y a même un reste de bombe américaine dans le musée de la guerre (que je n'ai pas eu le temps de visiter), avec un petit panneau "attention, radioactivité"...

Et enfin le centre historique, pas mal même si pas franchement exceptionnel... Par contre la forteresse est vraiment agréable : une énorme citadelle vauban contenant maintenant principalement des parcs, des bars et des musées surplombe le confluent du Danube et de la Save. D'ailleurs c'est assez impressionnant : la Save fait déjà bien 4 fois la Seine, alors quand elle se jette dans le Danube qui n'est pas précisément minuscule, je vous laisse imagine la taille du Danube après...

Finissons sur les bâtiments exceptionnels : une des plus grandes églises orthodoxes du monde (deuxième après celle St Pétersbourg), construite selon le modèle de Sainte Sophie à Istambul... l'extérieur est assez impressionnant (http://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_Saint_Sava) et grandiose... par contre l'intérieur est complètement en travaux et très loin d'être fini... depuis 1939 !!! En effet pendant la guerre et le communisme ça n'a pas beaucoup avancé... Mais les travaux ont repris il y a peu...

Les gens enfin : très différents des roumains ! Vraiment acceuillants (même s'ils ne s'en vantent pas contrairement aux roumains) et... taillés pour la guerre... C'est là qu'on voit que la sélection génétique mine de rien ça y fait : 15% de la population morte pendant la première guerre mondiale, et des guerres à répétitions depuis. Résultat : pour la première fois de ma vie j'était petit ! je pense que j'étais en dessous de la moyenne, et les gens dépassant les 2m10 étaient foule...

Il semblerait que cet article soit déjà fort long et contienne déjà l'essentiel, donc je vais m'arrêter là !
Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 17:54
Après plusieurs aventures roumaines et hongroises qui seraient trop longues à raconter, me voilà sur la route pour Baile Herculane (les bains d'Hercule), au final un de mes endroits préférés en Roumanie. Un peu d'histoire : Baile Herculane est une station termale fondée par les romains (d'où le nom) dans les premiers siècles de notre ère, et qui a été pendant le communisme très fréquentée par la nomenklatura et donc très très développée. Maintenant c'est une ruine... Baile Herculane est située dans une très belle région montagneuse très proche du Danube, et possède bien entendu son quotas de sources chaudes...

Mais comme des photos valent mieux que des longs discours, voilà les photos, avec des commentaires :

http://picasaweb.google.com/roux.elie/BaileHerculane


Et puisque ça fait longtemps que je n'ai rien écrit, voilà un petit bonus : des réponses assez intéressantes fournies par les gamins des rues de Timisoara à des questions sur leurs rapports aux institutions : http://norgz.guiling.fr/questionnaires.pdf
Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /Oct /2009 10:06
Ce week-end fut un véritable voyage dans le temps, une super expérience ! Je suis allé chez des amis dans un petit village près de Timisoara où la majorité des gens sont serbes... pour arriver dans le village il faut se farcir 6km de chemin de terre (en pas trop mauvais état c'est déjà ça), quand on arrive on est acceuilli par des troupeaux de cochons (première fois que je voyais des cochons en liberté), d'oies et de poules, avec beaucoup de chevaux aussi (pas de tracteurs ici !) ; il n'y a aucun fil électrique aparrent pour y arriver, et le village n'a pas l'eau courante... c'est vraiment émouvant d'aller là-bas, d'autant plus qu'il y a quelques collines, qui sont extrêmement rares dans le Banat !

J'étais chez des amis qui ont une petite maison en carreaux de terre, très jolie et entourée d'un jardin paradisiaque, avec beaucoup de vigne, un potager très fertile, beaucoup de fleurs, etc. une douche en extérieur avec seulement une citerne d'eau, un puits, des toilettes sèches, etc. mais également avec... Internet ! Le rêve quoi !

Après une bonne soirée autour d'un barbec dehors je m'en fus à la liturgie dans l'église juste à côté de chez eux, en serbe donc... enfin je suppute d'ailleurs que ce fusse du slavon liturgique, comme chez les autres slavophones (russes et ukrainiens pour ni citer qu'eux), en tous cas le seul truc que j'ai compris (Господи, помилуй [prononcer approximativement Vospodi pomiloun, Seigneur prends pitié]) était le même ! ça me rappelait un peu les messes dans les petits villages en France : la moyenne d'âge devait approcher des 70 ans. En effet, la campagne c'est pas très IN en Roumanie, du coup tout le monde bouge dans les villes... mais un très léger mouvement revient à la campagne aparemment, du coup seuls les vieux et les écolos restent ; cependant la liturgie restait belle et bien chantée... S'ensuivit des prières pour les morts, je n'avais jamais vu ça ! La veuve d'un des paysans mort il y a peu avait apporté énormément de nourriture et de boissons sur une table au milieu de l'église, et le prêtre disait des prières autour de cette nourriture, entouré de gens tenant des cierges, et de la veuve pleurant à chaudes larmes... très émouvant, même si évidemment je n'ai pas compris un seul mot. Ensuite tout le monde est allé prendre un sachet de nourriture que la veuve donnait. Un peu gêné vu que je suis un peu touriste je tente une esquive discrète mais je me fais rattrapper par une mamie qui me dit "non non, prenez un sac de nourriture !", aparemment c'est très important, du coup je m'exécute, et en sortant je n'arrive pas à refuser le verre de Ţuica (prononcer tsouica, la gnôle locale) qu'on me propose... et hop un goblet plein ! Quelle drôle de tradition... j'ai beaucoup aimé ! On m'a raconté qu'ils faisaient ça même à Alba Iulia, la veuve distribue de la nourriture à tous les gens qui sont à la cathédrale, même les passants... faut le faire ! En plus la gnôle était délicieuse, elle était faite par le prêtre aparemment (qui est un paysan du village comme les autres ou presque)... la prochaine fois que j'y vais j'en achèterai quelques bouteilles, car de la bonne Ţuica c'est totalement impossible à trouver dans les magasins en ville, il faut obligatoirement aller voir des paysans pour en avoir (ne me demandez pas pourquoi...), et même chez les paysans c'est rare d'en avoir de la bonne...

En tous cas ce week-end à la campagne me fit le plus grand bien, retrouver un peu de calme et de verdure...

Et pour finir un peu de photos du festival de cirque des enfants des rues: http://picasaweb.google.fr/casadeclovni.timis/Festival2009#
Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /Sep /2009 13:55
Le week-end fut pour le moins chargé et agréable... tentons de résumer (bon, c'est un échec, vous pouvez aller vous faire un thé, ça va être long) !

Marriage traditionnel roumain

Le week-end commença donc par le marriage d'une bonne amie roumaine, à Alba Iulia (environs 4h de route). J'y suis allé en voiture avec un copain roumain, et une amie d'une dame que je connais qui avait aussi justement besoin d'aller à Alba Iulia ce jour là... on a discuté énormément sur la roumanie et les roumains, sur tout un tas de choses, et il se trouve en plus que cette femme est prof à la fac et qu'elle forme les travailleurs sociaux...  et hop un rendez-vous gratuit avec la casa de clovni (l'asso qui s'occupe des gamins des rues) !

Arrivée à Alba Iulia juste à temps pour enfiler un costard et aller assister aux cérémonies traditionnelles... car le mariage roumain ce n'est pas rien... En effet ça commence avec tous les invités et la famille du marié chez le marié. Là l'"animateur" (je ne sais pas trop comment dire autrement, c'est une personne engagée pour le mariage qui est chargé de mener les choses) sert à boire (de la bonne Ţuica, assez rare) à tout le monde, et fait un long discours pour donner du courage à tout le monde pour ce qui va suivre, car ils vont aller négocier pour prendre la mariée. Bon évidemment c'est un résumé un peu court car il parle pendant bien 10 minutes et il y a parfois d'autres gens qui parlent également, c'est une sorte de pièce de théâtre. Tout le monde file ensuite chez la mariée où là c'est encore plus théâtral, ils frappent à la porte et les gens mettent du temps à ouvrir, ensuite l'"animateur" demande à voir la mariée, on lui répond qu'elle n'est pas là, qu'ils ne savent pas où elle est> Puis après force négociations avec la famille de la mariée finalement ils la font venir ; ensuite d'autres négociations très longues pour que la famille accepte de la laisser partir, etc. Finalement (ok, le suspens n'était pas grand...) la famille accepte de laisser la mariée au marié, et tout le monde se rejoint en bas du bloc (très romantique le bloc ceaucescuien pour un marriage). Là les parrains et marraines du mariage (deux couples, à peine plus vieux que les mariés, qui sont à leur côté tout la journée) découpent en 4 un gros gâteau (une sorte de panettone) au dessus de la tête de la mariée, qui lance une part dans chaque direction ; c'est un peu comme le bouquet en France, on dit que ceux qui les attrappent vont se marrier. Ensuite l'"animateur" (non vraiment je trouve pas d'autre mot même si celui-ci convient très mal...) demande à la mariée de dire adieu à sa maison et à ses parents, et de les faire pleurer, ce qu'elle fait. Tout le monde va ensuite à la mairie.

Comme il n'y a plus vraiment ensuite de ce genre de théâtre (encore qu'on pourrait l'assimiler à un rite et dire que celui du couronnement à l'église en est un aussi... mais patience...), je me permet ici de caser un petit commentaire. Ces traditions je les ai trouvés extrêmement intéressantes et impressionnantes, c'est vraiment un rite de passage qui est vécu de façon réelle, concrète, palpable. Les sociétés primitives sont très friandes de ce genre de rites [NdA: ne pas comprendre que la société roumaine est primitive, ce n'est pas le message], par exemple le rite du passage à l'âge adulte, pendant lequel l'enfant est recouvert de blanc (couleur des morts) et fait le mort pendant une journée, où ses parents le pleurent et où il est emmené au cimetière, pour s'enfuir la nuit, passer quelques jours dans la forêt et revenir en tant qu'homme, personne différente, que ses parents traitent comme un étranger. Ce genre de rites de passage où l'on joue (dans le sens jouer du théâtre) sa vie est quelquechose de très naturel et important m'est avis ; dans le sens où on peut mettre des images concrètes, une date, des souvenirs, etc. dans un changement qui intervient de toute façon : en France comme en Roumanie la vie se modifie de façon continue, on ne passe plus du jour au lendemain d'un état à un autre, mais si on joue ce changement, s'il est concret, je crois que ça aide... c'est dommage d'avoir perdu tout ça chez nous...

Le marriage civil ne fut pas, avouons-le, un moment clé de la journée... Après une petite pause où j'ai rencontré plein de gens très sympathiques, passons au marriage religieux, car là aussi la différence avec la France est plus que palpable. Le rituel religieux est divisé en deux : le rite des fillançailles et le rite du couronnement ; et il n'est pas fait durant une messe, c'est un rituel a part. Bon évidemment c'est orthodoxe donc l'église est magnifique et très décorée, les chants sont superbes, tout est très mystique, etc., la routine. Le rite des fillançailles est bourré de symboles très impressionnants (un aspect complètement perdu dans le catholicisme où presque tout se fait dans la pure raison), [attention il est possible que je me tromps dans les détails ci-après, mais vous avez la grosse image comme disent nos amis anglophones] il y a deux anneaux, un d'or et un d'argent, le prêtre prend celui d'or, fait le signe de croix avec sur le front de la mariée, dit une prière et le met sur le front du marié en finissant la prière. Il répète cela trois fois et met l'anneau au doigt de la mariée, puis l'inverse avec l'anneau d'argent, et enfin les époux échangent leurs anneaux ; le prêtre finit sur une longue prière et des chants, pour enchaîner avec le rite du couronnement. Le prètre, avec les parrains et les marraines met une couronne sur la tête des mariés, accompagnant évidemment cela de signes de croix, de prières, etc. Je dois l'avouer, je n'avais jamais vu quelqu'un avec une couronne... eh bien c'est assez impressionnant pour tout dire, pas étonnant que ce soit quelquechose de réservé aux rois (et au mariés orthodoxes de par le fait). Ensuite les parrains et marraines, les époux et le prêtre prennent un ruban blanc et font trois fois le tour de l'autel (qui est là une table au milieu de l'église, le vrai autel étant peu approprié et trop caché), en embrassant tous à chaque fois l'évangéliaire. S'ensuite trois prières extrêmement longues, un passage des épîtres (St Paul aux Éphésiens, V, 20-33) et de l'Évangile selon St Jean (les noces de Cana). Quelques litanies, des prières des chants, une omélie et hop, tout est bouclé en une heure, ce qui pour les orthodoxes est court ! Après si jamais le marriage est fait après une liturgie (ce qui peut arriver), là ça peut durer effectivement 3h30 en moyenne...

Pour ceux qui sont plus curieux sur le rite religieux, vous pouvez regarder le petit livret que j'avais fait pour la cérémonie, avec le texte en roumain et la traduction en français, il y a à peu près toutes les descriptions de ce qui se passe aussi : http://norgz.guiling.fr/mainp.pdf.

Après le rituel religieux, j'ai profité de l'heure de pause pour aller aux vêpres qui étaient juste après le mariage, curieux d'entendre les chants car Alba Iulia est un grand centre théologique et la fac est juste à côté de la cathédrale (où était célébré le marriage), du coup il y a un chœur vraiment exceptionnel... Eh bien je dois avouer que je n'ai pas été déçu ! D'habitude je ne suis pas un grand fan des chants modernes, dans le style russe mais en un peu moins bien (car le style traditionnel est plus grec), mais là c'était tout simplement fantastique...

Bref... à l'entrée du restaurant, les marriés et les parrains/marraines boivent une coupe de champagne et cassent leur verre par terre, car dans la tradition ça porte bonheur... Le repas fut pour le moins suprenant : en arrivant des assiettes énormes étaient servies, avec tout un tas de choses très bonnes et variées, et il y avait des fruits sur les tables. Après cela ils débarassent, la musique devient plus forte et les gens se mettent tous à danser (des danses traditionelles roumaines mais aussi des trucs plus modernes)... On a commencé à douter un peu avec les gens avec qui j'étais (beaucoup d'étrangers), en se disant que c'était suprenant que le repas soit déjà fini, car les marriages roumains sont réputés très longs et très copieux... on a vraiment encore plus douté quand ils ont commencé à servir du café... étrange... et puis là la musique se fait moins fort et le deuxième plat arrive ! ouf ! En fait entre chaque plat il y a une pause d'environs deux heures où tout le monde danse... très surprenant pour les français... Mais on s'y fait très bien au final, il y avait 4 plats bien copieux et bons plus le gâteau... Plein de gens intéressants, une super ambiance, etc. bref, une très très bonne soirée (d'autant que c'était le jour de mon anniversaire !).

Le lendemain je me lève à 10h, frais comme un gardon et vais à la liturgie de la cathédrale, encore un grand moment de liturgie et de musique, vraiment épatant ! Puis je rentre à Timisoara avec deux personnes que je ne connais pas vraiment, des amis du marié qui ont su que j'avais des places disponibles dans ma voiture... C'était une autralienne qui vivait à Istambul et un roumain qui vivait au Caire ; on s'est vraiment très bien entendu et du coup j'ai un contact à Istambul, ce qui a des chances de s'avérer très utile à moyen terme...

Festival des clowns

Arrivée à Timisoara direction le musée du village, QG de la casa de clovni qui organisait un festival samedi et dimanche. J'y allais récupérer les clés de mon appart car je leur avais prêté pour qu'ils y hébergent Rona Hartner (une actrice et chanteuse roumaine, peu laide). Rona Hartner a donc dormi dans mon lit... mais je ne l'ai pas vu du tout ! elle est arrivée samedi soir et est repartie dimanche matin ; c'est dommage car je n'ai jamais parlé à un(e) acteur(trice), j'étais curieux...

Bref... le festival du soir fut très très bon et varié, il y avait des troupes pro venues de France, des enfants du cirque de Bucarest (une asso fait le même travail là-bas), et bien sûr les enfants de rues, qui avaient préparé un spectacle pas mal, assez émouvant. J'avoue que c'est difficile pour moi d'en parler, car c'est un sujet très sensible... Mais encore une fois quelques personnes intéressantes rencontrées, on a fini les restes de la bonne vodka que j'avais ammenée au marriage, vers 4h30 (inutile de dire qu'aujourd'hui j'ai pas trop la patate...) ; bilan très très positif pour ce week-end donc...
Par Elie Roux
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés